Anastasiia Berezovska : itinéraire d’une fugitive entre Monaco, l’Allemagne et l’Italie

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Le 29 juin 2026, un colis piégé explosait devant le domicile monégasque de l’oligarque ukrainien Vadim Ermolaev, blessant grièvement trois personnes, dont un adolescent de 13 ans. Une semaine plus tard, la principale suspecte, Anastasiia Berezovska, une Ukrainienne de 39 ans, court toujours. Localisée en Allemagne, où son dernier domicile a été perquisitionné sans résultat, elle a déjà traversé la France et l’Italie avant de disparaître. Entre déguisement, complicité présumée et notice rouge d’Interpol, son itinéraire révèle les fragilités de la coopération policière européenne face à une suspecte au profil trouble, dont la radicalisation individuelle interroge.

Une suspecte au profil trouble : de l’asile à la criminalité organisée

Anastasiia Berezovska n’est pas une inconnue des services de police. Selon la notice rouge d’Interpol émise le 3 juillet 2026, elle est « connue pour ses liens avec la criminalité organisée », une formulation vague mais lourde de sens, rapportée par BFMTV. La nature précise de ces liens – mafia ukrainienne, trafic d’armes, blanchiment – n’est pas détaillée, laissant le champ libre aux spéculations. Ce qui est établi, c’est son signalement : un tatouage « possiblement un serpent » sur le bras droit, de l’épaule au coude, et la maîtrise de l’allemand, selon les mêmes sources.

Un élément clé de son parcours a été révélé par Nice-Matin : elle aurait demandé l’asile en Allemagne en 2022. Si cette information est confirmée par les autorités allemandes, elle dessinerait le portrait d’une femme ayant fui l’Ukraine en guerre, mais qui aurait ensuite basculé dans des activités criminelles. Le lien entre cette demande d’asile et son implication présumée dans l’attentat de Monaco reste à établir, mais il soulève des questions sur la surveillance des réfugiés par les services de renseignement européens. Comment une personne ayant sollicité la protection de l’Allemagne a-t-elle pu, en quelques années, être soupçonnée de tentative d’assassinat à l’explosif ?

Le profil de Berezovska semble se situer à la croisée de plusieurs mondes : celui de la diaspora ukrainienne en Europe, celui des réseaux criminels transnationaux, et peut-être celui de la radicalisation politique. Aucune source n’évoque pour l’instant de motif idéologique ou politique clair. L’attaque visait un homme d’affaires ukrainien, Vadim Ermolaev, qualifié d’« oligarque » par La Dépêche et BFMTV, ce qui oriente vers un règlement de comptes ou une commandite liée aux milieux d’affaires ukrainiens, souvent marqués par des conflits d’intérêts violents.

L’itinéraire d’une fugitive : déguisement, voiture de location et frontières poreuses

La reconstitution de la fuite d’Anastasiia Berezovska, telle que rapportée par La Libre et La Dépêche, est un cas d’école de l’efficacité relative des systèmes de surveillance européens. Le soir du 29 juin 2026, peu avant 21 heures, un colis piégé explose devant le domicile monégasque de Vadim Ermolaev. Trois blessés graves : l’oligarque lui-même, son épouse (dont le pronostic vital est engagé, selon La Libre), et un adolescent de 13 ans. La suspecte, elle, s’enfuit à pied.

Mais son déguisement est remarquable : elle se serait grimée en homme, avec un bob noir, un pantalon clair et un haut noir. Ce changement d’apparence, combiné à un repérage préalable des lieux dans les jours précédant l’attaque, indique une préparation minutieuse, loin de l’improvisation. Elle prend ensuite une voiture de location, traverse la France puis l’Italie, avant de se diriger vers l’Allemagne. Le véhicule a été retrouvé à Francfort.

Ce parcours, long de plusieurs centaines de kilomètres, a été effectué sans être intercepté. La coopération policière entre Monaco, la France, l’Italie et l’Allemagne, pourtant activée par un mandat d’arrêt émis dès le 2 juillet par le parquet de Monaco, n’a pas permis de l’arrêter. Le procureur adjoint Morgan Raymond, cité par La Libre, a précisé que les faits « semblent indiquer que la suspecte n’a pas agi seule ». Cette complicité présumée, pourrait expliquer sa capacité à changer de véhicule, à se cacher ou à bénéficier de filières de fuite.

La perquisition de son dernier domicile connu en Allemagne, le 3 juillet, n’a donné aucun résultat. La suspecte reste introuvable. Cette situation met en lumière les failles de la coopération policière transfrontalière : les bases de données européennes (SIS, Europol) sont efficaces pour l’identification, mais leur exploitation en temps réel, sur le terrain, semble moins performante. Le passage de la France à l’Italie, puis à l’Allemagne, n’a pas déclenché d’alerte suffisamment rapide.

Les enjeux de l’enquête internationale : complicité, mobile et radicalisation

L’enquête, menée par le parquet de Monaco avec le soutien d’Interpol, bute sur plusieurs points cruciaux. Le premier est l’identité et le nombre des complices. Le procureur adjoint Morgan Raymond a indiqué que la suspecte « n’a pas agi seule », mais aucune arrestation n’a été signalée. Qui l’a aidée à se déguiser ? Qui a fourni la voiture de location, l’explosif, la télécommande à distance évoquée par La Dépêche ? L’hypothèse d’un réseau criminel organisé, peut-être lié aux milieux ukrainiens, est privilégiée, mais sans preuve tangible.

Le second enjeu est le mobile. Pourquoi viser Vadim Ermolaev ? Les sources disponibles ne permettent pas de trancher entre une vengeance personnelle, un conflit d’affaires, ou une commandite politique. L’oligarque ukrainien, comme beaucoup de ses pairs, évolue dans un univers où les frontières entre légalité et criminalité sont floues. L’attentat pourrait être lié à des litiges financiers, à des rivalités dans le secteur énergétique ou à des contentieux hérités de la période post-soviétique.

Mais un élément nouveau, rapporté par plusieurs médias, ajoute une dimension politique à l’affaire : Vadim Ermolaev devait témoigner à Bruxelles devant une commission d’enquête du Parlement européen sur la corruption en Ukraine. Ce témoignage, prévu pour les semaines suivant l’attentat, visait à détailler les mécanismes de détournement de fonds publics et de blanchiment d’argent impliquant des hauts responsables ukrainiens. L’attaque intervient donc à un moment critique, où l’oligarque s’apprêtait à livrer des informations sensibles. Cette coïncidence interroge : l’attentat pourrait-il être une tentative de réduire au silence un témoin gênant ? La piste d’un possible rôle de l’État ukrainien, ou de ses services, n’est pas à exclure.

Enfin, la question de la radicalisation individuelle d’Anastasiia Berezovska reste ouverte. Son profil, femme de 39 ans, parlant allemand, ayant demandé l’asile, ne correspond pas aux stéréotypes du terrorisme ou du grand banditisme. Si elle a agi seule, ou avec un petit groupe, son parcours interroge sur les mécanismes de basculement dans la violence. Les services de renseignement européens, souvent accusés de se concentrer sur les menaces djihadistes, pourraient-ils avoir sous-estimé une menace venue des milieux criminels ukrainiens ? La notice rouge d’Interpol la mentionne comme « connue pour ses liens avec la criminalité organisée », mais qu’en savaient exactement les polices allemande et monégasque avant l’attentat ?

Une coopération européenne en trompe-l’œil

L’affaire Berezovska met en évidence les limites de la coopération policière européenne. D’un côté, l’identification rapide de la suspecte et l’émission d’une notice rouge en moins d’une semaine montrent une certaine efficacité. De l’autre, son itinéraire de fuite à travers trois pays sans être arrêtée révèle des lacunes opérationnelles. Les contrôles aux frontières, pourtant renforcés dans l’espace Schengen après les attentats de 2015, n’ont pas fonctionné.

Selon France 24, la coopération internationale a permis l’identification rapide, mais la traque est un échec. Le mandat d’arrêt émis par Monaco le 2 juillet a été suivi d’une notice rouge le 3 juillet, mais la suspecte avait déjà quitté la France pour l’Allemagne. Les délais de transmission des informations entre les polices nationales, les différences de procédures judiciaires et le manque de coordination sur le terrain sont des obstacles récurrents.

L’affaire soulève aussi une question plus large : comment une personne ayant demandé l’asile en Allemagne a-t-elle pu entrer en contact avec des réseaux criminels sans être surveillée ? Les services de renseignement allemands, pourtant réputés pour leur efficacité, n’ont pas empêché son implication présumée dans un attentat. Si l’asile lui a été accordé en 2022, cela signifie qu’elle a été contrôlée, fichée, et probablement suivie pendant un temps. Mais ce suivi s’est arrêté, ou n’a pas détecté sa dérive.

Conclusion : une fugitive qui interroge les angles morts de la sécurité européenne

Anastasiia Berezovska est toujours en fuite, quelque part en Allemagne ou peut-être déjà ailleurs. Son itinéraire, entre déguisement, complicité présumée et traversée de l’Europe sans encombre, révèle les fragilités d’un système de sécurité qui peine à articuler identification rapide et intervention sur le terrain.

Mais l’enquête devra surtout répondre à des questions encore plus troublantes : qui sont ses complices ? Quel est le mobile exact de l’attentat ? Et surtout, comment une femme fichée par Interpol a-t-elle pu échapper si longtemps aux mailles du filet ? Le fait que la suspecte n’ait pas agi seule, couplé au témoignage que devait livrer Ermolaev à Bruxelles sur la corruption en Ukraine, exige davantage d’informations. L’hypothèse d’une implication de l’État ukrainien, ou de ses relais, ne peut être écartée sans une enquête approfondie. Tant que ces zones d’ombre ne seront pas levées, l’affaire Berezovska restera un symptôme des failles de la coopération policière européenne face à une criminalité de plus en plus transnationale et insaisissable, et un possible révélateur des méthodes brutales employées pour étouffer la vérité.

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