Emmanuel Macron : du barrage à l’autoroute pour l’extrême-droite

La vidéo a provoqué la colère des internautes en quelques heures : des lycéens à genoux, bras sur la tête, suite à leur interpellation par la Police Nationale. L’image est digne d’un film d’anticipation sur un pouvoir totalitaire. Malheureusement non : la scène s’est déroulée la semaine passée à Mantes-la-Jolie. Au delà de ces images surréalistes, les chiffres sont révélateurs d’une répression toujours plus violente depuis le début du mouvement des gilets jaunes : 3300 arrestations, plus de 1200 personnes déferrées devant la justice, 1052 blessés, une personne dans le coma et le tragique décès d’une octogénaire touchée par une grenade lacrymogène. 

Pourtant, en mai 2017, Emmanuel Macron accède à l’Élysée grâce à un objectif clair : faire barrage au Front National. À grand renfort d’un tribunal médiatique oppressant, chacun pouvait alors faire ce qu’il voulait… mais voter Macron. Le grand combat républicain des éditorialistes était mené tambour battant, et quiconque ne jouait pas dans les règles était immédiatement passé au pilori. Et tant pis pour le débat, pourtant indispensable en démocratie.

Le candidat En Marche est élu président, et chacun pense avoir joué son rôle. Problème : un an et demi plus tard, le barrage est en ruines.

Des migrants à Pétain : la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron banalise l’extrême-droite

En décembre 2017, la circulaire Collomb fait scandale. Elle prévoit le recensement des migrants en hébergement d’urgence. L’opposition y voit la constitution de « listes de migrants » et dénonce une pratique inhumaine. Le gouvernement, lui, plaide pour l’efficacité et le pragmatisme.

Dans un communiqué de presse, le Front National parle de « victoire politique », se félicitant que « le problème majeur de l’immigration soit posé »… Le barrage commence à s’effriter.

La loi « Asile et Immigration » répond à de nombreuses attentes de l’extrême-droite : renforcement des contrôles, allongement de la durée de rétention en attente d’expulsion, accélération des procédures permettant de trier efficacement les migrants… on peine à croire que cette loi émane d’un candidat présenté comme « de gauche » quelques mois plus tôt.

On pouvait attendre d’Emmanuel Macron, autoproclamé candidat « progressiste » en 2017, une vision radicalement différente de la question migratoire : réflexion sur les enjeux climatiques, engagement pour une politique européenne visant à trouver des solutions dans les régions d’origine des migrants, investissement pour accueillir dignement les vies humaines sur le territoire français… Il n’en est rien. Alors que SOS Méditerranée vient d’annoncer l’arrêt des opérations de sauvetage de l’Aquarius, le président français se montre incapable de penser la question autrement qu’à travers le prisme de l’économie et de l’efficacité… renforçant au passage le discours de l’extrême-droite et lui offrant une tribune médiatique inespérée.

Arrive le centenaire de la Grande Guerre. Alors qu’un hommage national est prévu pour une liste de héros, le nom de Philippe Pétain suscite l’indignation de nombreux Français. Va-t-on vraiment rendre hommage à celui qui collabora plus tard avec les Nazis et organisa la déportation de citoyens français ? Emmanuel Macron répond qu’il ne faut pas laisser une partie de l’Histoire de côté.

Assumant son choix, consciemment ou non le Président donne un coup de pouce et de la visibilité supplémentaire aux réseaux nationalistes dans leur volonté de réhabiliter Pétain.

Sous la pression, le nom du Maréchal sera finalement retiré de l’hommage, mais le mal est fait : un nouveau marqueur de la droite nationaliste sort renforcé de cette séquence politique. Parfaite illustration d’un président incapable de mener la lutte contre les idées d’extrême-droite.

Barbouzes et lacrymo : un exercice du pouvoir violent

Pire encore : avec une pratique violente du pouvoir, certains observateurs reprochent régulièrement à Emmanuel Macron de se rapprocher des méthodes violentes d’extrême-droite. Ce fut le cas après l’utilisation de 10 000 grenades à Paris le 1er décembre, lors du mouvement des gilets jaunes. C’est encore le cas aujourd’hui, en réaction aux images des lycéens interpelés à Mantes-la-jolie et compte tenu de l’ampleur du dispositif policier samedi 8 décembre et des nombreuses interpellations aléatoires.

Cette violence d’état a atteint son apogée avec l’affaire Benalla, un proche du président qui tabasse des manifestants, équipé, armé, et entouré de CRS. Du jamais vu. C’est la plus grosse crise politique de ces dernières années. S’ensuit une enquête parlementaire totalement bancale et sabotée par la majorité en marche, et la liberté laissée au barbouze de l’Élysée.

La réaction d’Emmanuel Macron est sûrement la pire de ses sorties : « S’ils cherchent un responsable, c’est moi. Qu’ils viennent me chercher ! ». Voici le leader LREM provoquant ouvertement le peuple qui l’a élu.

L’affaire Benalla révèle la place qu’Emmanuel Macron accorde à la violence dans l’exercice du pouvoir et renforce l’image d’un monarque présidentiel s’estimant tout puissant.

Une faille de plus apparait dans le barrage à l’extrême-droite : par ses méthodes violentes et antirépublicaines, et par son comportement inadapté à la fonction présidentielle, le chef de l’état déçoit une grande partie de ceux qui ont barré la route à Le Pen en votant pour lui.

Mépris des classes populaires : cadeau électoral à Le Pen

Nous y sommes, le barrage s’écroule. La Macronie s’attire trop de haine et de colère populaire pour se prétendre rempart à l’extrême-droite.

L’échec d’Emmanuel Macron ne s’arrête pas là. « Traverser la rue pour trouver du travail », « ceux qui foutent le bordel », « ceux qui ne sont rien », « passer son diplôme avant de faire la Révolution »… Le président multiplie les sorties hasardeuses et méprisantes. Il témoigne ainsi de la déconnexion totale entre l’élite gouvernante et la majorité de citoyens.

Pendant ce temps, le Rassemblement National se frotte les mains. Les sondages parlent d’eux-même : le parti d’extrême-droite gagne des points semaine après semaine en vue des européennes.

Le barrage s’est transformé en autoroute

En 2017, Macron fut élu Président de la République avec le taux d’abstention le plus élevé, et une large partie de ses électeurs voulaient barrer la route à Le Pen. S’il n’y avait donc qu’une seule chose que les Français attendaient de celui qui se rêvait en leader de la « startup nation », c’était le barrage à l’extrême-droite.

Dix-huit mois plus tard, le constat est amer : le barrage s’est transformé en autoroute. Au lieu de la combattre, Macron donne du crédit aux thèses de l’extrême-droite, et la renforçant sur le plan politique et électoral.

La situation est alarmante alors que le mouvement des gilets jaunes devient insurrectionnel. Ce samedi, comme depuis 3 semaines, des milliers de personnes criaient« Macron démission ! » dans les rues de Paris et partout en France. Symbole d’un quinquennat (déjà) raté, et d’un barrage définitivement écroulé. Peut-être Emmanuel Macron devrait-il, enfin, prêter attention à ce qui lui demandent les citoyens français… quitte à exaucer leurs souhaits ?

Bastien Parisot
@bastienparisot

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