François Fillon ou l’itinéraire d’un Messie « pourri gâté » ?

Opinon d'Oliver Schlauberg
« J’ai pris mon bâton de Pèlerin  et je suis allé voir ceux qui pourraient m’aider à bâtir une proposition politique réaliste », dès le début François annonce la couleur. Ce randonneur pieux a choisi de « prêcher» sa « vérité » pour déclarer sa candidature à la primaire de la Droite et du Centre. Pari réussi ! Après avoir « marché sur l’eau » et incarné la figure du « sauveur » de notre république, François est devenu l’élu. Lui qui affirme haut et fort : « ma vie spirituelle reste marquée par le message du Christ ». Tellement marquée, qu’il va au bout du rôle messianique qu’il s’est infligé en devenant la figure du nouveau martyre médiatique.   
 

Fillon : homme de « miracles » ?

Au lendemain de son élection, la presse française est unanime, et titre « le miracle Fillon ».François passe un cap, ses « miracles » sont reconnus. Personne ne l’attendait, mais lui François le savait. Il avait la « Foi » et à travers son chemin de croix il a eu une  « révélation » en toute humilité loin des caméras.  
Il a su assumer seul « le courage de la vérité », pour illuminer les Français. Il est l’héritier naturel d’ « une France forte ». Il a œuvré dans l’ombre de son pair Nicolas, avec qui il avait déjà écrit une partie de ses ambitions quinquennales.   
Son éducation chrétienne transpire dans sa politique. François ne s’en cache pas et pratique la transe. Il veut « transcender colère et défaitisme », mais également « transcender les intérêts catégoriels ». Fort de sa « Foi », François rédige son évangile « Faire » et le publie en 2015. Il passe de la théorie à la pratique. « Contre le sang et les larmes, je choisis la liberté et la vérité » écrit-il dans son introduction. 
 

De l’exemplarité à la vérité 

François est un homme fidèle à ses convictions, normal quand on incarne la figure messianique du  XXIe siècle. Déjà en 2006, il publie  « La France peut supporter la vérité »,titre visionnaire et déjà en avance sur son temps. Il prépare le terrain pour l’avenir de sa candidature. Puis après une  traversée du pouvoir, en tant que deuxième homme sans histoire, il prend enfin les rênes de son destin. 
Il part en croisade et rédige un Nouveau Testament en 2016 « Vaincre le totalitarisme islamique ».  D’un personnage quasi lambda, il devient François le conquérant. L’homme de la providence contre l’État providence, prêt à tout privatiser pour vaincre l’État islamique. Les Français sont donc prêts à supporter la vérité pour devenir libres. 
Le loyal sujet de la république suit alors l’étoile du berger. Il devient le rempart, le chef des Templiers conservateurs. Les mages Juppé, Sarkozy et Raffarin félicitent leur nouveau-né. Le « sauveur » de la Droite et du centre peut désormais convoiter le saint Graal. Cette fois-ci  le dieu des sondages est avec lui. La « Foi » est portée, partagée par quatre millions de votants et rien ne pourra l’arrêter. L’élu « fillonera », c’est écrit ou presque. 
Exemplaire devant ses pairs, il maintient sa vérité pour qui veut l’entendre. « La France n’est pas foutue », les Français veulent une république irréprochable. François est devenu le leader de la « révolte ». « La république fait tomber les Bastilles ». Le nouveau prophète des sans-culottes. Lui, l’intouchable, l’incorruptible, l’irréprochable, François est debout pour sonner la charge de sa campagne à la fois révolutionnaire et conservatrice (là encore le miracle des mots).
 
 

Son jugement dernier

 
“Malheur à celui par qui le scandale arrive ! La classe politique redoute le sort réservé aux porteurs de mauvaises nouvelles et préfère cacher les problèmes au lieu de les révéler au grand jour”, voilà qui est dit François. Mais un scandale n’arrive jamais seul. Il faut souligner que le mois de février est une tornade pour lui et sa famille politique. Son ascension suscite de la jalousie,  et l’information est jetée dans la mare. Sans défense, il tend l’autre joue.  Il est littéralement lapidé sur les réseaux sociaux et dans la presse. Tous le montrent du doigt, et somment Pénélope de rendre l’argent. Sa femme, ses enfants, ses collaborateurs, tout le monde y passe. Travail fictif, salaire brut ou net, usages de la république… Les Français veulent de la transparence. Et la révolution annoncée prend du plomb dans l’aile. « Calomnie », « caricature », tout est orchestré pour abattre le Messie. Le seul capable de redresser la France. Trop d’amour et de dévouement sur le devant de la scène politique ne laissent pas indifférents. À l’instar du célèbre prophète, qui n’avait pourtant pas Twitter ni Facebook, le jugement n’est pas encore prononcé que l’issue ne fait déjà plus aucun doute. Fillon est condamné sur la place publique avant même que la justice ne s’en lave les mains
François porte désormais sa croix, et part se faire crucifier sur le champ de la presse, la main sur le cœur, sa vérité en tête.  Ses adeptes continuent de le soutenir contre la vox populi. Pourtant, sa mort médiatique est annoncée. Le fils prodigue du sondage chute. Combien de temps peut-il encore tenir ? Un nouveau miracle est-il encore possible ? 
L’avenir le dira. Il s’accroche aux signes et attend avril avec les cloches de Pâques. Serait-ce pour nous annoncer sa résurrection ? 
Sacré François.
 

Source des « mots »

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