Connect with us

Culture

« La Kippa Bleue », ou quand l’amour se fiche de la religion

Pour son premier roman, l’économiste et conférencier David Allouche décrit ses pensées de jeune homme, ses analyses, ses errements dans les ruelles de Paris, loin de sa « prison marseillaise » -qui n’est en réalité qu’une grande cousinade. Et ce moment qu’il redoute tant, celui durant lequel il annoncera à son père qu’il ne croit plus en Dieu.

« Je jette la kippa au visage de mon père. Elle tombe sur le sol. Je la ramasse. Je la jette à nouveau. Je répète ce geste. Encore ». Le livre commence ainsi.

Puis de l’auto-dérision, de la fraîcheur. Tant de vérité. Ces choses que l’on pense tout bas mais que l’on n’avoue pas. La kippa bleue, c’est « une kippa en velours bleu roi brodée d’étoiles argentées. Une de celles que l’on trouve à l’entrée des synagogues dans l’osier d’une corbeille, destinée aux prieurs du samedi. Ceux qui n’ont pas prévu, qui passent par hasard et qui se disent ‘tiens, ça fait longtemps ».

Tout au long de cette autobiographie à peine voilée, parue en mars aux éditions Eyrolle, des explications nous éclairent quant à la pratique de la religion juive. Les fondements de la pensée juive, d’une éducation stricte sur certains points mais souples lorsqu’il s’agit d’octroyer doucement des libertés à son enfant, les rituels, les échanges, souvent si fins.

Un histoire à l’eau de bleu

« Vu le manque ressenti durant ces deux mois de réclusions, je peux attester que les filles sont essentielles à la santé mentale des hommes, à l’équilibre dans la société et à la paix dans le monde ». 

Le jeune Sacha est un séducteur qui s’assume, un homme à l’aise avec ses pensées, dirigées vers les jolies jambes des filles et les sourires qui vous font tomber à la renverse. Il tombe, lui, amoureux aux croisements des rues de Lutece, cette ville qui bouillonne d’expositions et de personnes qui les commentent. Mais il tombe surtout amoureux de Carla, jeune femme cortiquée qui, depuis la première seconde, à Beauboug, lui parle avec une franchise inégalée.

Briser le tabou religieux 

Dans quelques jours, à la veille de Kippour, “le Grand Pardon”, Sacha, annoncera donc à sa famille juive pratiquante et dont la vie – rythmée par les traditions familiales et religieuses- qu’il jettera l’éponge. En l’occurrence, sa kippa.

Ce qui inonde son cerveau, ce sont ses analyses lucides face à la religion. « Tefillin ! Liens noirs de cuir que je porte le matin pour prier, ligoté au saut du lit, le cerveau tenu en laisse »

Et aussi les scénarios possibles. « Il va falloir que j’argumente si je veux qu’il me prenne au sérieux ». Parce que Sacha a face à lui le père qui sait, le père qui se doute, le père qui a l’expérience plein les valises. Il anticipe ce qui pourrait advenir, jusqu’au pire. Rompre des liens familiaux, si c’est pour mieux avancer après. 

Amour VS traditions 

Depuis quelques décennies, les mariages mixtes au sein de la communauté juive se multiplient et posent justement la question de la transmission couplée à la modernité. Fin 2018, les rabbins conservateurs ont eu l’autorisation de pouvoir assister aux mariages mixtes : la fin de cette interdiction, vieille de quatre décennies, a été donc marqué une nouvelle approche des mariages interconfessionels.

Pour l’inspiration et le réconfort, Sacha s’accroche lui au lyrisme et à la chevelure de Carla. C’est elle qui lui souffle les mots du poète grec Pindare : “Deviens ce que tu es quand tu l’auras appris.” Or quiconque a une grande famille unie et soucieuse des traditions ancestrales sait que cet amour pèse si peu face à certains mots. Des mots comme « Arrête de te battre contre toi-même. Ton éducation est derrière toi aujourd’hui. Tu peux être critique si tu veux, mais les valeurs juives, tu les as déjà intégrées”. La révolte de son père prédit, avant de rendre les armes, qu’il ne pourra effacer entièrement ce qu’il est : “un jour tu comprendras la valeur de cet héritage.”

Savoir d’où l’on vient pour apprendre qui l’on est ».

Là, on se dit que l’on a pas intérêt à se louper…

Mais Sacha sait mieux que son papa. Sacha veut aller dans l’autre monde, celui des non juifs. Ce qu’il ignore, c’est la réaction étonnante qui l’attend…

« J’écris quand je suis heureux et j’écris pour donner de la joie ». Vous deviez être très heureux en écrivant ce livre, Monsieur Allouche, car nous sommes plein de joie en refermant la page 167.

Pegah Hosseini
Written By

Diplômée de l’ISCPA en 2010, Pegah est immédiatement embauchée par Le Figaro après avoir réalisé des stages à Courrier International et Le Monde. Écrivant ensuite pour Le Point, Trax ou Libération, elle devient rédactrice en chef adjointe du Bondy Blog en 2015. Fin 2016, elle quitte ses fonctions pour rester un électron libre de la presse... Et rejoint Le Monde Moderne en 2017, tout en contribuant pour Forbes France.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect
Newsletter Signup