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L’écologie des mots contre l’écologie des actes

par Thomas Portes
14 juin 2019
dans Écologie, Opinion
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Comme une impression de déjà-vu. Un éternel recommencement. À chaque alerte écologique, la machine se met en marche. Convocation en urgence du conseil des ministres, auditions d’experts et déclaration solennelle. Promis, juré, enfin l’urgence de la crise écologique est prise au sérieux, les mesures vont être radicales. On nous promet un grand soir écologique. Des mots, toujours des mots. Alors que la planète brûle, les conférences et déclarations d’intentions se succèdent, mais rien de concret, de radical n’est mis en œuvre pour stopper l’incendie qui ne cesse de grandir.

Avec sa prise de parole sur le perron de l’Élysée au sujet de la conservation de notre biodiversité, Emmanuel Macron n’a pas échappé à la règle. L’écologie des mots plutôt que l’écologie des actes. Alors que le rapport publié par plusieurs experts de l’ONU met en lumière la disparition certaine d’un million d’espèces végétales et animales si rien n’est fait, Emmanuel Macron nous a ressorti de veilles recettes loin d’être à la hauteur des enjeux.

L’écologie devrait être le grand marqueur des politiques publiques. Mieux cela devrait être le cœur du réacteur de la politique gouvernementale. Chaque décision devrait être passée au prisme de sa dimension écologique : oui ou non, est-elle utile pour préserver notre planète. Force est de constater que ce n’est pas le logiciel macroniste. Avant d’évaluer sa potentielle utilité écologique, il faut d’abord calculer son coût économique. Satisfaire les désidératas des riches, au détriment de la préservation de notre biodiversité, voilà le choix de Jupiter. Et tant pis si nos enfants et les générations futures regardent s’éteindre les tigres du Bengale ou les éléphants d’Asie, du moment que Mulliez et Arnault ne voient pas leur source de profits se tarir. Après tout, leurs enfants pourront bénéficier des réalités virtuelles pour continuer à voir ces animaux. Les autres se contenteront des livres. Écœurant. Révoltant.

Les mots se heurtent à la réalité des actes. Toute belle déclaration d’intention vient se fracasser sur des choix politiques antinomiques. À ce titre, les enfants vivant en région Parisienne peuvent assigner Emmanuel macron au tribunal de l’histoire climatique. Le jugement promet d’être sévère, sans appel. Ils vivent une double peine. Ils ne verront sans doute jamais de tigre du Bengale, mais en plus ils seront dans une large majorité victime de maladies dues à la pollution. Prenons l’exemple du marché de Rungis, où un poids-lourds circule toutes les 6 secondes à hauteur de l’A86. Le bon sens devrait conduire le gouvernement à engager des mesures fortes pour diminuer ce flux. Et bien non, en laissant faire la SNCF, qui va supprimer à la fin du mois de juin le dernier train fret de fruits et légumes, qui chaque jour amène 1400 tonnes de fruits et légumes, au cœur de la région parisienne, le gouvernement assume de jeter, par jour, 250 camions supplémentaires sur les routes. Cela fait 90.000 par an ! Irresponsable.

Un accident de parcours diront certains. Regardons un peu plus loin, à Cergy-Pontoise. Dans cette commune de 200.000 habitants, située à une cinquantaine de kilomètre du marché de Rungis, un entrepôt géant de 52.243m2 est en train de sortir de terre et ne sera pas relié au réseau ferroviaire, alors que le triage d’Achères se trouve à quelques encablures. Conséquence directe, entre 400 et 500 camions supplémentaires par jour.

Il ne s’agit pas d’accident mais bien de choix. Des choix conscients qui souvent actent une soumission au lobbys. Ici, c’est celui du patronat routier, pour le glyphosate, c’est celui des géants de l’industrie pharmaceutique, ou encore celui des géants de la grande distribution, quand on parle d’économie circulaire.

Du local au mondial, seule une transformation radicale de notre société, donc de la remise en cause du modèle ultra-libéral, permettra d’enrayer ce qui, aujourd’hui, paraît comme inéluctable. La qualité de vie, plutôt que la croissance économique. C’est à ce prix que nous préserverons notre planète.

La planète brûle et nous avons, à la tête de la France, un pyromane. L’heure tourne. Il est temps d’agir. Non pas avec des mots, mais avec des actes.

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Responsable national du PCF en charge des questions ferroviaires, syndicaliste CGT Cheminot

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© 2016-19 / Le Monde Moderne / mentions légales / ISSN 2646-2109

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