Les 40 000 milliards ont été franchis avant la date prévue : ce que les projections officielles n’avaient pas intégré

Prise de vue macro détaillée de plusieurs billets de dollar US mettant en valeur un design monétaire complexe.

Photo : Engin Akyurt / Pexels

Dette US : les 40 000 milliards ont été franchis avant la date prévue : ce que les projections officielles n'avaient pas intégré

Les intérêts de la dette dépassent désormais Medicare, les remboursements douaniers effacent les recettes tarifaires, et le Trésor double ses rachats, sans qu'aucun budget n'ait prévu cette double facture.

Le 18 août 2026, la dette fédérale des États-Unis a franchi 40 047 milliards de dollars, selon la série quotidienne Debt to the Penny que publie le Trésor américain : 32 266 milliards détenus par le public, 7 782 milliards logés dans les comptes intragouvernementaux. Six mois plus tôt, le 11 février, le Congressional Budget Office, l'organisme non partisan chargé de chiffrer le budget pour le Congrès, publiait son scénario central : la dette publique, alors à 100,6 % du produit intérieur brut, y atteindrait 120,4 % du PIB en 2036, selon les chiffres relayés par J.P. Morgan Asset Management. Sur la décennie 2026-2035, les déficits cumulés y sont projetés à 23 100 milliards de dollars, selon l'analyse de Tisons.fr — un chiffre que le CBO, cité de son côté par Boursorama en février, situait plutôt autour de 1 400 milliards de dollars de déficit cumulé supplémentaire par rapport à ses projections antérieures, ce qui donne la mesure de l'écart entre les lectures disponibles de la même trajectoire.

L'Institut Baker, qui a passé au crible cette projection dès le 17 mars, notait que cette trajectoire de long terme, plus de vingt points de PIB supplémentaires en une décennie, n'annonçait pas, en valeur absolue, un franchissement aussi rapide du seuil des 40 000 milliards de dollars que celui qui vient de se produire.

Franchir un seuil rond ne déclenche en soi rien de mécanique, c'est un chiffre d'accounting, pas un événement financier, comme le résume la société d'analyse EBC Financial Group. Ce qui se lit dans les chiffres, en revanche, c'est ce qui a fait dérailler la trajectoire de février. Et ce n'est pas là où on le cherche d'ordinaire.

432 milliards de déficit en juillet

Le mois de juillet 2026 a produit un déficit fédéral de 432 milliards de dollars, un record pour ce mois selon Reuters, relayé par Joe.My.God, soit une hausse de 48 % par rapport à juillet de l'année précédente selon la même dépêche reprise par Pravda FR. Cette envolée tient à la fois à une hausse des dépenses fédérales et à des recettes douanières devenues négatives, précise Reuters. Le CBO tablait en février sur un déficit de 1 853 milliards de dollars pour l'exercice 2026 entier, selon Boursorama ; cette estimation a ensuite été revue à la hausse de 200 milliards de dollars par le CBO lui-même, selon The Hill, rapprochant la trajectoire des plus de 2 000 milliards de dollars évoqués par Fox Business, jusqu'à 2 100 milliards selon ce média.

Une part de cette dérive porte un nom précis : le service de la dette. Sur les dix premiers mois de l'exercice, les intérêts nets versés par le Trésor ont atteint 931 milliards de dollars, selon les données du Trésor relayées par qz.com le 19 août — un montant cohérent avec les 939 milliards recensés sur les neuf premiers mois de l'exercice par Or.fr.

Le poids de cette charge se mesure aussi en proportion du budget : sur l'ensemble de l'exercice 2026, la charge nette d'intérêts atteindrait, selon les calculs du CBO relayés par Tisons.fr, environ 1 000 milliards de dollars, soit 14 % des dépenses fédérales et 19 % des recettes fiscales — un chiffrage qu'aucune autre source consultée ne permet pour l'instant de confirmer de façon indépendante.

Sur les neuf premiers mois, le CBO chiffre ces intérêts nets à 857 milliards de dollars, soit 100 milliards de plus, 13 %, que sur la même période un an plus tôt, selon BFMTV. Cela représente 23,8 milliards de dollars par semaine.

Ce n'est pas une dépense nouvelle votée par le Congrès. C'est le coût mécanique d'un stock de dette qui grossit pendant que les taux longs restent élevés. Aucun ministre ne l'a annoncé. Personne n'en a débattu.

La Cour suprême et les 200 milliards

L'autre poste ne relève pas davantage d'un budget délibéré, et il a une histoire judiciaire précise. En février 2026, la Cour suprême a jugé que plus de 200 milliards de dollars de droits de douane imposés au titre de l'IEEPA, la loi sur les pouvoirs économiques d'urgence, invoquée par l'exécutif pour taxer unilatéralement les importations, excédaient l'autorité présidentielle. « Hors de son autorité », a tranché la Cour, selon la formule reprise par Forbes.

Le gouvernement avait collecté 166 milliards de dollars sous ce régime avant l'arrêt. À compter du 24 février, les douanes (CBP) ont cessé de percevoir ces droits et ouvert, le 20 avril, un système de remboursement baptisé CAPE. Au 31 juillet, celui-ci avait reçu 252 496 demandes couvrant plus de 25 millions d'entrées d'importation. Plus de 121 milliards de dollars de remboursements étaient acceptés pour traitement ; plus de 100 milliards avaient déjà été versés.

Un tarif distinct de 10 % « universel », invalidé cette fois par la Cour du commerce international des États-Unis, avait rapporté environ 8 milliards de dollars en mars, avant de connaître le même sort.

« Aucun ministre ne l'a annoncé. »

Résultat : les recettes douanières sont devenues négatives, pour le troisième mois consécutif en juillet, écrit Reuters, les remboursements dépassant désormais ce qui rentre. Le déficit de juillet, ce même mois où l'on a battu un record historique pour ce mois, intègre directement ce mécanisme.

L'outil censé rapporter de l'argent au Trésor est en train, une fois annulé par les tribunaux, de lui en coûter.

Le Trésor n'a pas commenté ces trois mois consécutifs de recettes douanières négatives. Aucun chiffrage consolidé, à ce jour, ne distingue clairement ce qui a été collecté sous l'IEEPA, ce que la justice a invalidé, et ce qui a effectivement été remboursé, les montants cités par la CBP se recoupent sans s'additionner proprement.

Rachats doublés dès le 9 septembre

Face à cette double pression, intérêts qui grimpent, recettes qui se contractent, le Trésor a dû ajuster sa mécanique de financement. Le 19 août, il a annoncé qu'à partir du 9 septembre il doublerait le plafond de ses opérations de rachat, le buyback, un mécanisme par lequel le Trésor rachète sur le marché une partie de sa dette déjà émise pour en lisser la liquidité, sur les obligations à coupon nominal de 10 à 30 ans : de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération, jusqu'au 4 novembre, fin du trimestre de refinancement en cours. Jusqu'à 69 milliards de dollars de rachats sont prévus sur cette fenêtre.

Dans le même temps, l'emprunt projeté pour le trimestre avril-juin s'est établi à 739 milliards de dollars, 68 milliards de plus que l'estimation transmise en mai, selon Reuters.

« L'outil censé rapporter de l'argent au Trésor est en train, une fois annulé par les tribunaux, de lui en coûter. »

Le Trésor emprunte plus que prévu deux mois avant, tout en rachetant plus de sa propre dette. Les deux mouvements, lus ensemble, ne racontent pas une politique choisie : ils racontent une administration financière qui absorbe, opération par opération, une facture d'intérêts et un manque à gagner douanier que personne n'avait mis au budget.

Le compteur du Trésor, lui, continue de tourner chaque jour, sans round number.


Repères

Quitter la version mobile