Le Trésor évalue à 8 % la baisse de la valeur ajoutée agricole, deux fois moindre qu'en 2003, tandis que l'OFCE chiffre à 0,5 point l'effet de la rigueur budgétaire sur la croissance 2026.
Dans sa note de conjoncture du jeudi 10 septembre, l'Insee ramène sa prévision de croissance pour la France en 2026 à 0,4 %, contre 0,7 % annoncés au printemps. La prévision de croissance pour 2026 recule ainsi nettement par rapport au printemps, l'Insee soulignant que le pays «décroche». La note s'intitule «Vigilance orange sur la croissance». Dans le corps du texte, une ligne précise que la presse a reprise sans trop s'y attarder : parmi les explications du décrochage, l'Institut national de la statistique soulign[e] que le pays « décroche » en Europe sous l'effet des canicules, d'une chute de l'activité dans les travaux publics, d'un marché du travail dégradé et d'une situation budgétaire difficile. Une chaleur d'été est devenue une variable de la prévision de croissance de l'année en cours, au même titre qu'un carnet de commandes ou un taux d'intérêt.
Le chiffre qui l'accompagne, 0,1 point de PIB, n'a pas été inventé le 10 septembre. Il a été prononcé huit jours plus tôt, le 2 septembre, devant une commission parlementaire. Le bureau de la commission des Finances a validé en juillet, juste avant la suspension des travaux parlementaires, une mission d'information sur le coût de la canicule, qui débute mercredi 26 août à l'Assemblée nationale, sous la présidence du député Éric Coquerel. Les représentants du Trésor, au ministère de l'Économie, sont entendus par cette mission le 2 septembre. Ce jour-là, Bercy et l'Insee donnent, séparément, le même ordre de grandeur. L'Insee, entendu le même jour par la mission parlementaire, a chiffré à 0,1 point de produit intérieur brut l'impact des vagues de chaleur de cet été, un niveau inférieur au coût de la canicule de 2003, qui avait été de 0,3 point de croissance. Le Trésor, de son côté, mesure l'ampleur du choc agricole : la valeur ajoutée agricole devrait baisser de 8 % cette année, un recul deux fois moindre que celui enregistré lors de la canicule de 2003, où elle avait reculé d'environ 15 %.
Ce même 2 septembre, le responsable du département de la conjoncture de l'Insee ferme le dossier pour le reste de l'année. « Il n'y a pas d'impact vraiment supplémentaire à attendre sur la fin de l'année », a souligné Dorian Roucher, rappelant que l'institut « compte la production agricole au moment où ça pousse et non pas au moment où on récolte ». Huit jours plus tard, la note officielle dit le contraire sur un point précis : elle range encore la canicule parmi les incertitudes à venir. L'Insee souligne que « certaines incertitudes demeurent », en évoquant notamment les répercussions possibles de la canicule sur l'activité du troisième trimestre, ainsi que l'évolution de la situation au Moyen-Orient. Entre le clos et l'ouvert, il n'y a que le calendrier d'une conférence de presse.
Le maïs au plus bas depuis 1980
Le détail agricole, lui, est documenté. Le ministère de l'Économie a indiqué que les vagues de chaleur et la sécheresse de 2026 avaient pesé sur plusieurs productions agricoles, en particulier le maïs, dont la production attendue en 2026 chuterait de 35 % par rapport à 2025. Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture, chiffre la même chute et situe la production attendue au niveau le plus bas depuis 1980, la récolte reculant de 35 % sur un an, sous l'effet cumulé de la baisse de la sole et d'un rendement moyen évalué à seulement 70,3 quintaux par hectare. Les prairies ne s'en sortent pas mieux : au 10 août 2026, leur pousse cumulée accuse un retard d'un tiers par rapport à la même date sur la période de référence 1989-2018, la canicule et la sécheresse continuant de bloquer la reprise de l'herbe. Le blé, à l'inverse, a été épargné : ses rendements sont « très proches de la normale » car il a été « récolté très tôt », a indiqué l'Insee. Dans les rayons, la note se lit aussi sur les étiquettes : les légumes ont connu une très forte hausse de prix, de l'ordre de 14 %, et 0,1 point de l'inflation d'août vient directement de ces légumes frais. Sur les chantiers enfin, un tiers des entreprises de travaux publics ont indiqué que les aléas climatiques avaient pesé sur leur activité au mois de juillet, sans que l'Insee y voie un effet macroéconomique comparable à celui de l'agriculture.
Un an plus tôt, exactement le même exercice concluait l'inverse. Le 11 septembre 2025, la note de conjoncture titrait sur une note d'éclairage intitulée « Les épisodes caniculaires de 2025 n'auraient pas d'impact immédiat significatif sur l'activité en France ». L'Insee y rappelait que la canicule de 2003 avait amputé le PIB de 0,3 point par la seule chute de la production végétale, mortalité du cheptel comprise, mais que 2025 se distinguait par un rebond des récoltes après une année 2024 déjà dégradée par les pluies, chiffrée à l'époque à 0,2 point de croissance perdue. La différence entre les deux étés n'est donc pas un changement de méthode mais un changement de résultat agricole : en 2025, la moisson compense la chaleur ; en 2026, elle ne compense rien. L'Insee cite dans ce même document une étude de la Banque centrale européenne selon laquelle les épisodes caniculaires génèrent, en moyenne à deux ans, une baisse du PIB des régions européennes de l'ordre de 1,5 %, contre près de 3 % pour les sécheresses et les inondations, et une autre, de l'assureur-crédit Allianz Trade, qui chiffrait déjà la vague de juin 2025 à 0,3 point pour la seule France. Le plan national d'adaptation au changement climatique, présenté en 2025, situe l'enjeu à une tout autre échelle : le ministère de la Transition écologique évalue à 10 % la perte possible de PIB pour la France au cours des cinquante prochaines années si la température mondiale augmente de deux degrés. À côté de cette trajectoire, 0,1 point sur une seule année est un signal faible.
Budget 2027, cinq fois l'effet climatique
C'est justement sa faiblesse qui en fait un outil de communication commode. Le gouvernement prépare actuellement le budget 2027, qui doit être présenté le 30 septembre, et anticipe déjà des difficultés à tenir cette année son objectif de déficit public à 5 % du PIB. La canicule, phénomène météorologique, n'engage la responsabilité de personne au gouvernement. Un autre chiffre, publié la même année par un institut indépendant, engage en revanche directement les choix budgétaires de l'exécutif. Dans ses prévisions d'avril 2026, l'Observatoire français des conjonctures économiques évalue à 0,5 point de PIB le manque à gagner de croissance pour la France en 2026 en raison des effets de la politique budgétaire, dont 0,4 point du seul fait de la réduction structurelle de la dépense publique. Cinq fois l'effet de la canicule, pour un choix qui se prend à Bercy et non dans l'atmosphère.
Le maïs français, au plus bas depuis 1980, ne repoussera pas d'ici le 30 septembre.
