Par petites touches, sans bottes ni uniformes, Emmanuel Macron aura réussi un tour de force politique : installer en France une architecture de contrôle qui ne dit jamais son nom. Pas de dictature proclamée, pas de suspension officielle des libertés, mais mieux que cela : un totalitarisme managérial, poli, technocratique, justifié au nom du Bien, de la protection et de la sécurité. Un totalitarisme qui sourit et « protège ».
Depuis 2017, le pouvoir macronien a méthodiquement redéfini le périmètre de la parole autorisée. D’abord au nom de la lutte contre la « haine », puis contre la « désinformation », ensuite contre les « ingérences », enfin contre les « comportements problématiques ». À chaque étape, une nouvelle couche réglementaire et moins de liberté. Rien n’est jamais censuré, officiellement. On « régule ». On « modère ». On « responsabilise ». Le lexique est celui de la start-up nation, pas celui des régimes autoritaires et pourtant, le résultat est identique, la censure de la parole critique prend le dessus sur le débat démocratique. « Le coup de génie » du macronisme est de ne pas censurer directement, mais de déléguer aux plateformes, aux algorithmes, aux autorités administratives indépendantes et à l’Union Européenne le soin de le faire.
La censure n’a plus de visage politique clair. Elle devient diffuse, insaisissable. Une vidéo « déréférencée ». Un compte « restreint ». Une portée « réduite ». Une monétisation « désactivée ». Aucun juge, pas de débat contradictoire. le citoyen est puni sans même savoir précisément pourquoi. C’est ainsi que notre chaîne Twitch a été désactivée pendant le Covid, sans aucun préavis.
Dernier avatar en date de cette censure d’Etat, l’interdiction ou la restriction massive des réseaux sociaux pour les mineurs, présentée comme une mesure sanitaire, éducative, protectrice. Mais derrière l’argument de l’enfance se cache une réalité plus brutale : l’installation de dispositifs de vérification d’identité généralisés, compatibles avec les exigences européennes du Digital Services Act. Autrement dit : pour « protéger les enfants », on prépare une société où chaque citoyen devra prouver qui il est pour avoir le droit de parler.
L’histoire montre que ces outils ne restent jamais cantonnés à leur objectif initial. Jamais.
La presse alignée, l’opposition neutralisée
Dans ce climat, la presse dominante joue son rôle : accompagner, justifier, moraliser. Toute critique devient suspecte. Tout dissident est « complotiste », « radicalisé », « toxique ». La frontière entre journalisme et communication d’État s’estompe. Quant à l’opposition politique, elle est soit intégrée, soit diabolisée. Le débat démocratique n’est plus un affrontement d’idées, mais un tri entre le « républicain » et l’ »inacceptable ». Et c’est le parti unique qui définit les catégories.
La France n’est pas devenue autoritaire par accident. Elle l’est devenue par choix politique assumé.
Ces tentatives nombreuses et répétées de censure numérique montrent la priorité pour Emmanuel Macron d’arriver à un encadrement étatique de la parole publique, contrainte par des lois de censure de plus en plus intrusives et liberticides. En voici un résumé, qui démontre que la protection des mineurs n’a jamais été une priorité ou une réalité derrière ces lois de contrôle.
2017 : Les premiers blocages administratifs
Dès les premiers mois de son mandat, le gouvernement Macron entame une politique de censure directe. Le 22 septembre 2017, le ministère de l’Intérieur ordonne le blocage des sites Indymedia Nantes et Grenoble, accusés de « provocation au terrorisme » sans procédure judiciaire approfondie. Cette mesure, justifiée par des impératifs sécuritaires, marque un glissement vers une censure administrative rapide, critiquée pour son opacité et son absence de recours effectif, favorisant une surveillance étatique accrue sur internet sans débat public.
2018 : La loi contre la « manipulation de l’information«
Annoncée par Emmanuel Macron lors de ses vœux à la presse en janvier 2018, cette loi, promulguée en décembre, visait à combattre les « fake news » en période électorale, en permettant à un juge d’ordonner le retrait rapide de contenus jugés mensongers. L’intention est de protéger les élections, mais les critiques soulignent une définition vague des « fake news » (« allégation dépourvue d’éléments vérifiables »), qui laisse place à l’interprétation subjective et risque de censurer des opinions légitimes. Déjà à l’époque, on y voyait une atteinte à l’esprit critique des citoyens, l’État se substituant au rôle éducatif plutôt que de former les individus à discerner le vrai du faux.
2019-2020 : La loi Avia et la privatisation de la censure
En 2019, la députée LREM Laetitia Avia porte une proposition de loi contre les contenus haineux en ligne, adoptée en mai 2020. Elle impose aux plateformes comme Facebook ou Twitter, de retirer en 24 heures les contenus signalés comme haineux, et en 1 heure pour les contenus terroristes ou pédopornographiques, sous peine d’amendes lourdes (jusqu’à 250 000 euros). Le juge est écarté au profit d’une « autorité administrative », et les plateformes deviennent des censeurs zélés pour éviter les sanctions. Critiquée pour son caractère liberticide, la loi est largement censurée par le Conseil constitutionnel en juin 2020, qui y voit une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. Des observateurs comme Acrimed dénoncent alors une « surenchère autoritaire » qui privatise la justice et invite à une autocensure massive. Parallèlement, en mars 2020, le gouvernement lance la plateforme « Désinfox coronavirus », qui centralise les contenus « fiables » sur la pandémie et signale les fausses informations aux plateformes pour retrait. Retirée un mois plus tard face au tollé provoqué, elle illustre une nouvelle tentative de contrôle étatique de l’information en temps de crise, critiquée pour son opacité et sa volonté de monopoliser le discours officiel et d’interdire toute voix dissidente.
2021-2022 : Commissions et extension de la surveillance
En 2021, Macron nomme la commission Bronner pour distinguer la « pensée légitime » de la « déviante », aboutissant à des recommandations pour réguler les algorithmes et combattre la « radicalisation ». En 2022, lors d’émeutes, l’idée de couper les réseaux sociaux pour empêcher la diffusion d’images est évoquée, mais abandonnée face aux critiques. Ces initiatives, influencées par l’UE, en préfiguration du DSA, sont vues comme une extension de la surveillance privée-étatique, où les plateformes auditent elles-mêmes leurs risques systémiques de désinformation ou de discours de hain, mais sans garanties suffisantes contre les abus. La Quadrature du Net dénonce un « basculement vers une société sécuritaire » sous Macron.
2023-2024 : Lois SREN et pressions sur les médias
La loi SREN (2023) prévoit un « bannissement numérique » pour les auteurs de contenus illicites, et renforce les partenariats avec les plateformes. Des pressions sur des médias comme CNews, ou la censure et l’interdiction pure et simple de RT France en 2022 montre la montée en puissance d’une censure d’Etat décomplexée. Ces mesures floues permettent une interprétation large, favorisant la censure de voix dissidentes ou de médias indépendants, sous couvert de « discours de haine » ou « radicalisation ».
2025 : Débats sur la « majorité numérique » et régulation accrue
En octobre 2025, Macron lance un débat sur l’impact des réseaux sociaux sur la démocratie, visant les ingérences et la « viralité des émotions négatives ». L’Assemblée adopte en décembre une interdiction des réseaux pour les moins de 15 ans (vérification d’âge obligatoire), saluée par Macron comme une « étape majeure ». Il envisage même de quitter X (ex-Twitter), accusé de refuser la « censure » française. Ces propositions, alignées sur le DSA européen,normalisent une censure algorithmique et vise à exclure les jeunes du débat public, tout en masquant une volonté de contrôle centralisé. Des voix comme celles de l’Institut Thomas More y voient une préférence pour « censurer plutôt que convaincre ».
2026 : la fausse excuse de la protection de la jeunesse. Une façade protectrice pour une censure rampante
La loi adoptée le 26 janvier 2026 par l’Assemblée nationale française, interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, n’est qu’une énième tentative de censure déguisée sous le vernis de la protection de l’enfance, orchestrée par Emmanuel Macron. Inspirée de l’Australie, cette mesure, qu’il souhaite effective dès septembre 2026, s’ajoute à une interdiction des portables dans les lycées, renforçant un contrôle étatique sur l’information qui évoque plus une dystopie orwellienne qu’une politique bienveillante. Emmanuel Macron justifie cela en clamant que « les cerveaux de nos enfants ne sont pas à vendre » aux géants de la tech, mais c’est une hypocrisie flagrante : cette loi ne cible pas les algorithmes addictifs ou les pratiques abusives des plateformes, mais exclut purement et simplement les jeunes d’espaces d’expression et d’information essentiels. Des associations de protection de l’enfance la dénoncent comme un « paternalisme numérique » qui infantilise sans responsabiliser les vrais coupables et transfère le fardeau aux parents. Pire, elle ouvre la porte à une surveillance massive via vérification d’âge et d’identité de tous les utilisateurs de plateformes, avec l’identité numérique obligatoire, érodant la vie privée et risquant une censure élargie sous prétexte de « sécurité ».
Inefficace, contre-productive et liberticide, cette interdiction est en partie vouée à l’échec : les ados la contourneront via VPN, faux comptes ou dark web, les poussant vers des zones non régulées et plus dangereuses. En somme, cette « protection » est une censure insidieuse qui creuse la fracture numérique, érode les droits et profite aux régimes autoritaires. Au lieu d’éduquer ou réguler les plateformes, Macron opte pour le bâillon et la surveillance, soit disant pour le bien-être de la démocratie.
Seuls les idiots sont dupes, pendant que les profiteurs du système politico-médiatique cadenassé et menacés par la concurrence d’audience des plateformes, applaudissent des deux mains. L’histoire jugera, les deux mandats consécutifs d’Emmanuel Macron n’auront été qu’une longue descente dans la dystopie de la société du crédit social et de la techno-surveillance généralisée.





