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Pasta basta / épisode 1 : L’eau

par Eva Morletto
2 juillet 2019
dans Écologie, Opinion, Uncategorized
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Et voilà, nous l’avons fait, ça s’appelle PBasta! et c’est une nouvelle web-serie dont vous pouvez vois ici le premier épisode. 

Dans les vidéos de cette nouvelle chaîne YouTube, deux acteurs italiens,  pleins de bonne volonté, veulent apprendre aux Français à cuisiner les pâtes comme il faut. Seul problème: au fur et à mesure que l’action se déroule, les deux protagonistes se rendent compte que chaque geste peut avoir des conséquences sur l’environnement et que chaque produit est potentiellement contaminé: trouveront-ils une solution? Entre ironie et données réelles inquiétantes, la bonne cuisine italienne devient le prétexte pour faire l’état des lieux de la planète.

Je suis co-auteur du projet, un jour au téléphone, l’acteur italien Andrea Redavid me communique son exaspération face aux lacunes des Parisiens en matière de pâtes. « Et si on faisait des vidéos drôles pour leur apprendre? » me dit Andrea. « Et si on utilisait ces vidéos comme prétexte pour parler d’environnement? » j’ai rajouté. L’idée était née. Vite, ils nous ont rejoint l’actrice Carla Bianchi, qu’on venait de voir à théâtre dans ce poignant monologue sur les migrants et puis Romain Vallée, réalisateur. 

En ce qui me concerne, je m’occupe en particulier de la documentation et de la recherche journalistique qui accompagnent le projet, sur cette base Carla et Andrea élaborent leurs dialogues. 

Le premier épisode est dédié à l’eau, à l’extinction des nappes phréatiques, aux probables futures guerres de “l’or bleu”. Dans la vidéo vous allez apprendre quelque chose, mais pour en savoir davantage, lisez ici! 

La guerre de l’eau? Elle est déjà une réalité. Pendant ces jours de canicule, dans le nord de l’Inde, la police surveille les réserves d’eau 24H sur 24… Ça se passe dans le Madhya Pradesh, alors que dans les Karnataka, on ferme les écoles: plus d’eau pour les enfants à la cantine. La mousson est en retard et l’ « or bleu » se raréfie. Les femmes cuisent leur nourriture dans l’eau de vaisselle, les puits sont secs. Cette pénurie est sans précédent. Mais si on pense que ce genre de drames ne concernent que « les autres », on commet une grave erreur. 

En France, le Ministère de la Transition écologique est en train de mettre en place différentes mesures pour faire face à la critique diminution de débit dans les cours d’eau d’ici 2070: on pourrait avoir 40% en moins d’eau dans nos rivières et nos sources. Le Ministère prévoit donc de réduire de 10% l’eau accessible à l’agriculture et à l’usage domestique d’ici cinq ans, et de 25% d’ici quinze ans.

En 2025 tout le Maghreb, tout le Corne d’Afrique, l’Afrique sud oriental et l’Afrique du Sud, souffriront de manque d’eau potable. 

Dans une situation destinée à devenir de plus en plus dramatique, le cynisme des multinationales y voit une opportunité de business. 

Dans quelques années, ces grandes sociétés seront en première ligne pour la possession des ressources d’ « or bleu ». Il suffit de penser qu’un géant comme Coca-Cola a un impact hydrique de 200 litres d’eau pour la production d’une seule canette. Un article daté 2011 paru sur Le Monde et signé Julien Bouissou, expliquait comme le géant des sodas avait surexploité et pollués avec les rejets de sa production les nappes phréatiques du Kerala, en mettant en danger de vie les habitants de toute la région. Il se passe à peu près la même chose au Mexique, dans le Chiapas, où Coca-Cola a asséché les nappes phréatiques de la région pour sa gigantesque usine de san Cristobal de Las Casas. 

Une étude de l’institut Earth Policy, rédigé en 2006, reporte que 40 % de l’eau distribuée en bouteille dans le monde entier n’est rien d’autre que de l’eau du robinet, parfois tout simplement enrichie de minéraux. Aquafina du groupe Pepsi est une de ses eaux. De la simple eau du robinet capable de rapporter des millions de dollars par an.

Avant 2030, une personne sur deux dans le monde vivra dans des endroits caractérisés par un important stress hydrique, une forte difficulté à s’approvisionner en eau potable. 

Grâce au pouvoir du marketing, l’eau à boire pourrait devenir un produit de luxe. Les brands les plus luxueux sont en train de développer de nouvelles marques d’eau minérale en bouteille extrêmement chères. 

On trouve par exemple,  l’ « Eau Armani », 12 bouteilles à 65,50 Euro, ou la célèbres « Fiji », l’ « eau des volcans » mis en bouteille à Viti Levu, dans les iles Fiji et vendue à 58 euros le lot de 12 bouteilles.

Les iles Fidji, ironie du sort, sont victimes depuis une décennie de raréfaction des réserves d’eau naturelle, à cause de la pression démographique croissante, de la sécheresse due au réchauffement climatique et… de la  privatisation des sources d’eau douce mis en oeuvre par des multinationales telle Fiji Waters. 

L’eau minérale sur ces archipels des mers du sud-est plus chères que les sodas. Le résultat: le taux d’obésité a explosé en ces dernières décennies, les enfants sont victimes de pathologies comme le diabète, liées à l’excessive consommation de sucres.

D’ailleurs, dans le Chiapas où règne Coca-Cola au Mexique, on retrouve le même fléau: l’eau en bouteille est vendue plus cher que la célèbre boisson sucrée. Le taux de mortalité lié au diabète est parmi les plus élevés au monde. 

Parallèlement à cette course à la privatisation des sources d’eau, les conditions des nappes phréatiques se dégradent.

Chaque année dans le monde, plus de 842 000 personnes meurent à cause de l’insalubrité de leur eau de boisson et du manque d’assainissement et d’hygiène. 

Dans le monde entier, les engrais et les produits utilisés par l’agriculture industrielle, non seulement empoisonnent les humains avec les pesticides, mais ils contribuent aussi à polluer les nappes phréatiques, dans des régions où les réserves d’eau sont déjà très minces. Nitrates, chlore, cadmium, arsénique: de plus en plus de sources sont contaminées et en conséquence inexploitables. En France, François de Rugy a annoncé d’envisager la réduction de l’épandage des produits chimiques en proximités des nappes phréatiques, pour limiter ce fléau. Une mesure plus que jamais urgente, que chaque État devrait prendre en compte.

Dans plusieurs régions du globe, l’extraction minière est responsable de la pollution de l’eau. La nécessité d’énergie fossile va à l’encontre de la nécessité de préserver nos stocks hydriques. 

Les mines de charbon en Afrique du Sud, par exemple, utilisent une grande partie des réserves d’eau du pays, au point qu’en 2018 la ville du Cap a risqué une rupture d’approvisionnement en eau potable, évitée de justesse grâce à une réduction drastique de consommation. Les habitants de la métropole africaine craignent encore le « jour zéro », le jour où les robinets seront à sec, une possibilité qui n’a rien de la science-fiction. Cette épée de Damocles a même emmené Nick Sloane, expert de sauvetage en mer mondialement connue pour avoir eu la responsabilité du remorquage du Costa Concordia, a exprimé la folle proposition de remorquer un iceberg depuis l’Antarctique pour subvenir aux besoins en eaux douces des habitants de la métropole sud-africaine.

La sécheresse fait des ravages et appauvrit les réserves d’eau dans le monde entier sans que ce problème soit vraiment au coeur des agendas internationaux des dirigeants mondiaux. 

Si en 2016 on comptait les réfugiés environnementaux en 22,5 millions, en 2050 ils pourraient atteindre les 150 millions d’individus. Ils iront où? 

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Journaliste et reporter depuis 15 ans, Eva a été directrice éditoriale en Italie pour le magazine Life Club dédié à l’art de vivre. En 2006 elle est arrivée à Paris comme journaliste et news producer pour la chaine de télévision japonaise FUJI TV. Après plusieurs années, elle est devenue correspondante pour Radio Montecarlo et aujourd’hui elle collabore régulièrement avec l’ hebdomadaire italien Famiglia Cristiana et le magazine Marie Claire. En France elle collabore ponctuellement avec Radio France Culture, Radio France International et TV 5 Monde. Elle continue de s’occuper d’actualité, avec un oeil attentif sur les enjeux écologiques et les droits des femmes.

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