LES PÉRIPATÉTICIENNES DE LA RÉPUBLIQUE

Opinons de Raphaël Chalaye Lozano

En marche ! Mais vers quoi ? Qu’importe ! Le jeune dynamique ne veut plus devenir Cadre, il veut entreprendre. Il s’agite, il gesticule, il faut que “ça” bouge. Bien plus qu’une pulsion de vie freudienne, c’est ici une pulsion de mouvement. D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Lève-toi et marche ! La messe est dite par le banquier christique. Tels des requins dont la survie dépend de la capacité à se mouvoir, avec les marcheurs c’est surtout marche ou crève. Point de résurrection. Qu’elle soit funèbre ou forcée, cette injonction à aller de l’avant sonne comme une ordonnance pour toute une nation.

Si tout le monde semble aller de l’avant, peu s’accordent une halte à la philosophie. Pour autant, n’était-ce pas là l’enjeu des premiers marcheurs. Les péripatéticiens étaient les disciples d’Aristote au sein de l’école péripatétique, une école philosophique du Lycée d’Athènes fondée en -335 avant Jésus Christ. Du Grec ancien peripatetikos, il signifie littéralement “Qui se promène en discutant”, autrement dit en philosophant. Le point de départ de la philosophie péripatéticienne résidait en un culte voué à Aristote, philosophe ayant découvert et révélé la Vérité. Le maître dictait et les disciples commentaient, pourvu qu’ils marchent ! Dieu parmi les Dieux, auto-proclamé “Jupitérien”, le Président nouveau ne sera peut être pas frappé des lumières de la Vérité ; mais, de sa majorité absolue — malgré un électorat dissolu — il dispensera les biens terrestres, frappant de ses foudres quiconque entraverait au projet dont il est le prête-nom.

Ses péripatéticiennes modernes, arpentant en long et en large les travers du système en sont devenues les prostituées. Jusqu’aux frontières de l’intime, cette marche est celle de la marchandisation du monde. Marcheurs aux mœurs légères, ils se réclament de la grandeur d’une moralisation de la vie politique. Fini les carrières de professionnels en tricherie politique, désormais on aura recours à des talents issus du secteur privé. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on en ait l’ivresse. Ces anonymes affairés incarnent le symbole d’un renouveau sans affaires. Opportunistes avant l’heure, ils emboitent le pas de la marche de l’Empereur.

Limitées à arpenter les rues, les péripatéticiennes de la République se retrouveront vites dévêtues. Entrepreneurs du dimanche, au sens du travail ouvré du terme, ils seront les décadents de la Loi du marché, nostalgiques d’un code du travail foulé du pied. Point de retraite ou retraite à points, il n’y aura plus de quoi en débattre. Las d’une politique boiteuse, c’est du pas de la colère que les marcheurs battront le pavé. Alors marchons, marchons, qu’un sang impur abreuve nos sillons.

NEWSLETTERS

TWITTER

Share This