Sébastien Lecornu annonce un effort budgétaire de 54 milliards d’euros pour 2027

Plan détaillé de billets et pièces en euros mettant en valeur les dénominations de la monnaie.

Photo : Pixabay / Pexels

Face à ce seul geste fiscal, l'exécutif vise 6 milliards d'euros sur les retraités et prépare une réforme des arrêts maladie, tandis que la taxe Zucman des socialistes reste rejetée depuis le 31 octobre 2025.

Jeudi 17 septembre au soir, Sébastien Lecornu a livré au Figaro le chiffre que ses ministres attendaient depuis un séminaire tenu l'après-midi même : un budget 2027 construit sur un « effort budgétaire d'environ 54 milliards d'euros », promis « dans la stabilité fiscale ».Le premier ministre s'exprime dans un entretien dont seul un extrait a circulé ce soir-là, le texte intégral restant réservé aux abonnés du journal. Dans cet extrait comme dans les prises de parole qui l'ont précédé depuis début septembre, une seule mesure fiscale est nommée avec précision. Elle ne touche ni les ménages ni les salariés : elle allège l'impôt sur les sociétés des plus grandes entreprises du pays.

Cette mesure a un nom, une date de naissance et une promesse de mortalité qu'elle n'a jamais tenue. Elle a été créée par l'article 48 de la loi de finances pour 2025# Lecornu promet la « stabilité fiscale » et la seule mesure d'impôt qu'il annonce est une baisse pour les grandes entreprises

Jeudi 17 septembre au soir, à l'issue d'un séminaire gouvernemental tenu l'après-midi même, Sébastien Lecornu a confié au Figaro le chiffre attendu depuis des semaines. Le projet de loi de finances qu'il proposera prévoit un effort budgétaire d'environ 54 milliards d'euros, sans changement de la fiscalité. L'entretien intégral reste réservé aux abonnés du journal. Dans les extraits diffusés ce soir-là comme dans les prises de parole publiques qui les ont précédés depuis début septembre, une seule mesure fiscale est nommée avec précision. Elle n'allège ni les APL, ni les indemnités journalières, ni les pensions. Elle réduit l'impôt sur les sociétés des plus grandes entreprises françaises.

Une taxe née en 2025

Cette mesure a un nom, une date de naissance et une promesse de mortalité qu'elle n'a jamais tenue. L'article 48 de la loi de finances pour 2025 a créé cette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, applicable à compter du premier exercice clos au 31 décembre 2025. Elle devait initialement ne s'appliquer qu'à un seul exercice, avec deux taux différents selon la taille de l'entreprise : 20,6% en dessous de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 41,2% au-delà de ce seuil. Elle n'est jamais restée à un seul exercice. Le projet de loi de finances pour 2026 a prévu une prorogation de la contribution, avec des taux divisés par deux. Mais face à l'urgence budgétaire et aux compromis exigés par le Parti socialiste pour échapper à la censure, le gouvernement a finalement proposé de reconduire les mêmes taux que l'année précédente, tout en relevant à 1,5 milliard d'euros le seuil d'assujettissement afin d'exclure les entreprises de taille intermédiaire. Le ministre de l'Économie a confirmé fin août que le texte pour 2027 la maintiendrait une nouvelle fois : les paramètres définitifs de cette troisième année d'existence de la surtaxe seront fixés par le PLF présenté fin septembre.

C'est dans une lettre adressée aux chefs d'entreprise le 9 septembre que Sébastien Lecornu a précisé le sort réservé à cette « troisième année ». « Il n'y aura pas d'impôt nouveau », a-t-il assuré, avant de promettre : « La contribution exceptionnelle à l'impôt sur les sociétés demandée aux très grandes entreprises diminuera ». La justification donnée tient en une phrase : « Elle répondait à une situation exceptionnelle : ce qui est exceptionnel doit rester exceptionnel ». Une contribution qui aura duré trois exercices consécutifs continue donc de porter, dans la bouche de celui qui la réduit sans la supprimer, l'adjectif qui devait signer sa brièveté. Elle rapporte 8 milliards d'euros par an au budget de l'État. Pour faciliter la transmission des grandes entreprises familiales, Matignon a par ailleurs confirmé le maintien du pacte Dutreil et la création d'un « pacte Papin » pour la transmission aux salariés, et garanti que les aides à l'embauche d'apprentis seraient sanctuarisées.

Face à ce seul geste fiscal identifié, les 54 milliards d'ajustement reposent presque intégralement sur la dépense. Le premier ministre en détaille les moteurs spontanés : le pays va devoir trouver 10 milliards d'euros supplémentaires pour financer sa dette en raison de la hausse des taux d'intérêt liée au contexte géopolitique, les dépenses de la Sécurité sociale seraient en hausse de 22 milliards d'euros sans mesures correctives, et les dépenses de fonctionnement des collectivités locales affichent une augmentation spontanée de 7 milliards d'euros qu'il faudra freiner. Sans économies, le déficit 2027 pourrait atteindre 6,5% du PIB, avertit-il, alors que l'objectif est de le limiter à 4,8% du PIB hors nouvelles dépenses militaires, ou 5% en les incluant.

6 milliards visés chez les retraités

Sur les retraites, deux options s'affrontent au sein même de l'exécutif. Le gouvernement souhaite faire contribuer les retraités à hauteur de 6 milliards d'euros, même si, selon sa porte-parole Maud Bregeon, ils ne porteront pas l'essentiel de l'effort budgétaire ; deux pistes sont étudiées en priorité, la désindexation des pensions les plus élevées par rapport à l'inflation et la réduction, voire la suppression, de l'abattement de 10% sur les pensions et rentes. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a de son côté évoqué une troisième voie, l'augmentation du taux de CSG sur les pensions pour le rapprocher de celui payé par les salariés. Sur l'assurance maladie, Sébastien Lecornu a évoqué une « réforme » des arrêts maladie et lancé dès le mois d'août le déremboursement de médicaments jugés peu efficaces, tandis que la désindexation des pensions se ferait en dessous de l'inflation, à l'exception des petites pensions.

Le compte personnel de formation, régulièrement cité comme gisement d'économies, a déjà été rogné avant même l'ouverture du débat sur 2027. Un rapport d'information sénatorial relève que son coût est passé de 2,6 milliards d'euros à 1,8 milliard d'euros en quatre ans, sous l'effet du ticket modérateur et du plafonnement des formations les plus chères. Le rapporteur spécial chiffre à 1 milliard d'euros l'effet cumulé des mesures de régulation et de lutte contre la fraude. Mais la fraude, elle, n'a pas disparu : « Elle existe toujours, naturellement, d'où l'intérêt de maintenir les mesures qui sont destinées à la combattre », note le rapport.

« Elle répondait à une situation exceptionnelle : ce qui est exceptionnel doit rester exceptionnel »

Sur le logement, l'exécutif s'est en réalité contredit publiquement. Un rapport commandé par le gouvernement avait suggéré d'intégrer le revenu des parents dans le calcul des APL des étudiants. Sébastien Lecornu a démenti cette piste le 20 août, alors que plusieurs organisations étudiantes s'en étaient inquiétées, tranchant sur X : « Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d'impôt pour les services à la personne, hausse de l'impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! » Il a par ailleurs écarté toute mesure touchant le logement social ou l'apprentissage. Les cibles retenues restent donc les retraités et les arrêts maladie, pas les APL.

39,5 milliards du contre-budget socialiste

Le contre-budget que le groupe socialiste a présenté le 16 septembre à l'Assemblée nationale prend le problème par l'autre bout. Les troupes de Boris Vallaud misent sur 39,5 milliards d'euros de recettes nouvelles et 17,5 milliards d'euros d'économies. Sans surprise, les socialistes remettent sur la table la taxe Zucman, qui instaurerait un prélèvement plancher de 2% pour les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, complétée par une CSG sur les héritages très élevés qui rapporterait 10 milliards d'euros et une taxe sur les géants du numérique promettant 10 milliards supplémentaires. Une taxe qui a déjà connu son sort à l'Assemblée : les amendements instaurant la taxe Zucman ont été rejetés le 31 octobre 2025 par 172 voix pour et 228 contre. La conférence de presse du 16 septembre a d'ailleurs été amputée de son porte-parole principal, retenu par une crise interne au PS.

Sur le sort du texte, chacun campe sur une ambiguïté calculée. Boris Vallaud juge « vraisemblable » que son groupe vote la censure, tandis que la députée Estelle Mercier tempère : « On reste ouverts à la discussion ». Marine Le Pen ne s'interdit rien, précisant que tout dépendra si le gouvernement utilise le 49.3, quand La France insoumise refuse déjà de se rendre aux consultations gouvernementales. Sébastien Lecornu, lui, ne veut se laisser enfermer dans aucun scénario, entre vote, 49.3, loi spéciale ou ordonnances.

La contribution exceptionnelle entamera en 2027 sa troisième année d'existence. Rien, dans le budget qui s'annonce, ne porte de date de fin aussi précise pour les retraités ou les arrêts maladie.

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