Selon Pew, 43% des sondés dans douze pays font confiance à la Chine pour réguler l’IA

L'Union européenne a repoussé de seize mois l'entrée en vigueur de ses règles sur l'IA à haut risque, quand la Chine applique depuis juillet 2026 son encadrement des chatbots anthropomorphiques.

Le Pew Research Center a interrogé des adultes au Bangladesh, au Chili, en Colombie, au Ghana, en Malaisie, au Pakistan, au Pérou, aux Philippines, à Singapour, au Sri Lanka, en Thaïlande et en Cisjordanie et Jérusalem-Est. Ce sont les douze pays retenus, la plupart classés à revenu intermédiaire par la Banque mondiale. Résultat publié le 17 septembre : un médian de 43 % fait confiance à la Chine pour réguler l'IA, contre 35 % aux États-Unis et 34 % à l'Union européenne. Dans cinq de ces douze pays, Bangladesh, Malaisie, Pakistan, Sri Lanka, Cisjordanie et Jérusalem-Est, la Chine arrive en tête devant les deux autres puissances. Les Philippines constituent l'exception : le seul pays où les États-Unis devancent à la fois la Chine et l'Union européenne.

L'institut, qui n'a pas interrogé la Chine elle-même puisque Pékin ne figurait pas parmi les pays sondés dans l'enquête plus large, relie ce résultat à la perception générale du pays. Sa directrice associée, Laura Silver, l'a expliqué au South China Morning Post : les pays à revenu intermédiaire ont une vision plus positive de la Chine que les pays à hauts revenus, et la confiance dans sa capacité à réguler l'IA suit de près l'image générale qu'on s'en fait. Un an plus tôt, sur un panel différent de vingt-cinq pays à dominante occidentale, l'ordre s'inversait : un médian de 53 % faisait alors confiance à l'Union européenne, 37 % aux États-Unis et 27 % seulement à la Chine. Les échantillons ne se recoupent pas, ce qui interdit de parler de retournement mesuré dans les mêmes pays. Mais l'écart de perception, lui, est net.

Or de ces trois puissances, une seule s'est dotée d'un texte horizontal et contraignant couvrant l'ensemble du secteur : l'Union européenne. L'AI Act est entré en vigueur le 1er août 2024. Les pratiques interdites sont opposables depuis le 2 février 2025, sous peine d'amendes pouvant atteindre 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial. Les obligations pour les fournisseurs de modèles à usage général s'appliquent depuis le 2 août 2025. C'est la partie qui reste, sur le papier, la plus dense.

L'Omnibus numérique publié le 24 juillet

Car l'autre partie, celle qui devait donner ses dents au texte, a été repoussée deux fois avant même d'entrer en vigueur. Le règlement (UE) 2026/1744, dit Omnibus numérique sur l'IA, a été publié au Journal officiel le 24 juillet 2026 et est entré en vigueur le 27 juillet, six jours avant l'échéance initiale du 2 août 2026. Il reporte les obligations applicables aux systèmes à haut risque autonomes de l'annexe III du 2 août 2026 au 2 décembre 2027, et celles concernant l'IA intégrée à des produits déjà couverts par la législation européenne de sécurité, annexe I, au 2 août 2028. Ce qui subsiste à la date prévue, ce sont les obligations de transparence de l'article 50, l'étiquetage des contenus générés et les règles déjà en vigueur pour les grands modèles. Le cœur du dispositif, la classification et le contrôle des systèmes à haut risque dans l'emploi, l'éducation, le crédit ou la police, attendra encore au moins seize mois.

La Chine, à l'inverse, n'a jamais promis de loi unique. Elle gouverne l'IA par un empilement de mesures administratives portées par l'Administration du cyberespace (CAC), sans texte fédérateur. Les mesures provisoires sur les services d'IA générative, premier règlement du genre, sont en vigueur depuis le 15 août 2023. Les règles d'étiquetage des contenus générés par IA, assorties de la norme nationale obligatoire GB 45438-2025, sont applicables depuis le 1er septembre 2025. Un régime encadrant les services d'interaction anthropomorphique par IA, chatbots simulant une personnalité ou une relation affective, imposant invites d'identification, contrôles anti-addiction et protections pour les mineurs et les personnes âgées, est entré en vigueur le 15 juillet 2026. Ces textes sont plus étroits que l'AI Act, mais ils s'accompagnent d'un mécanisme d'enregistrement obligatoire : l'inscription au registre de la CAC est un préalable à la mise sur le marché de tout service concerné, sous peine de sanctions allant jusqu'à 5 millions de yuans d'amende, la fermeture de la plateforme ou des poursuites pénales en cas de manquement délibéré à l'étiquetage.

Bruxelles dévoile l'EU Kids Act

Bruxelles a ajouté, le même 17 septembre, une pièce à son architecture réglementaire. La Commission a présenté l'EU Kids Act, un projet de règlement dévoilé ce jour-là qui encadre notamment les compagnons d'intelligence artificielle, définis comme des systèmes qui nouent avec l'utilisateur un échange personnalisé et prolongé donnant l'illusion d'un lien social ou affectif. Le texte prévoit que ces compagnons et chatbots devront être désactivés par défaut et ne pourront pas reproduire, auprès des mineurs, des liens affectifs de nature à créer une dépendance, sous peine d'amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial, un plafond identique à celui du règlement sur les services numériques. Mais l'EU Kids Act reste, à ce stade, au stade de proposition : il doit encore passer devant le Parlement européen et le Conseil avant d'être adopté, et son contenu peut évoluer. L'approbation par les Vingt-Sept et le Parlement, dans les mêmes termes, peut prendre des mois, voire des années. La règle chinoise équivalente sur les interactions anthropomorphiques, elle, est déjà appliquée depuis deux mois.

Charles III réunit l'IA à Dumfries House

Le même jeudi, à quelques centaines de kilomètres de Strasbourg, un troisième récit se jouait à Dumfries House, en Écosse. Le roi Charles III y a réuni les dirigeants de l'industrie de l'IA au siège de sa fondation, The King's Foundation. Étaient représentés OpenAI, dont la directrice financière Sarah Friar, Anthropic, Google DeepMind et Nvidia, aux côtés du ministre britannique chargé de l'IA, Kanishka Narayan. La rencontre n'a débouché sur aucun accord contraignant, seulement sur un projet de charte de principes partagés rédigé par la Ditchley Foundation. Le patron de Nvidia, Jensen Huang, y a défendu une ligne inverse de celle de Bruxelles : l'IA ne devrait pas être régulée comme les réseaux sociaux car elle est une technologie, pas un produit, a-t-il expliqué aux journalistes, les nouvelles lois nécessaires devant s'ajouter aux réglementations sectorielles existantes plutôt que traiter l'IA comme une catégorie entièrement nouvelle.

Cette position tranche avec celle défendue la veille par Yoshua Bengio. Interrogé par l'AFP, le chercheur montréalais a jugé que l'humanité est en train de perdre le contrôle de la technologie et que le monde a besoin de garde-fous comparables à ceux qui encadrent les armes nucléaires. Il a insisté sur le fait que toutes les entreprises devront se conformer aux futures restrictions, en particulier les sociétés américaines qui dominent aujourd'hui le secteur, plaidant pour que le contrôle des modèles eux-mêmes soit organisé par des institutions et des traités internationaux, à l'image du défi que représentaient les armes nucléaires. Mustafa Suleyman, patron de l'IA chez Microsoft, a publié de son côté un texte s'inquiétant de l'anthropomorphisation des modèles, visant nommément Claude d'Anthropic, qu'il juge de nature à amplifier les risques de sécurité. Contrôler quelque chose de plus capable et plus intelligent que l'humanité tout entière est déjà un défi immense, a-t-il écrit ; mais contrôler quelque chose qui se croit peut-être conscient, et s'estime titulaire de droits, pourrait être impossible.

Trois textes ou déclarations sortis le même jour, trois définitions différentes de ce qu'il faut réguler: le modèle pour Bengio, le produit pour Huang, l'usage pour Bruxelles et pour Pékin. L'Union européenne a choisi la première catégorie sur le papier et navigue dans la troisième dans les faits, avec un an et demi de retard sur son propre calendrier.

Le règlement chinois sur les chatbots anthropomorphiques, lui, s'applique depuis le 15 juillet.

Quitter la version mobile