Marc Trévidic, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Paris au pôle anti-terrorisme de 2006 à 2015, évoque dans son livre « terroristes, les 7 piliers de la déraison », la problématique de cette lutte et évoque les différents évènements marquants depuis les années 90 jusqu’à aujourd’hui : des histoires de vie, les impacts des alliances politiques, la problématique ne serait ce que matérielle de la lutte anti-terroriste. 
Ce livre nous interroge et nous amène à comprendre le combat du terrorisme djihadiste actuel : 
Comment devient-on terroriste ? et Pourquoi? 
Comment la lutte anti-terroriste peut-elle être mise en place, comment fonctionne t’elle ?

En matière d’anti-terrorisme, malgré une communication qui se voulait rassurante, « l’état veille sur nous », les lois de la statistique et de la fatalité reprennent leurs droits un jour ou l’autre.
A l’époque, on savait déjouer la plupart des groupes terroristes, les coups étaient prévisibles, les cibles symboliques, les cellules terroristes faciles à pister, organisées en Somalie ou en Irak.
Le décès de Ben Laden à provoqué l’éclatement d’AL Quaida et l’apparition de micro groupes, voir des individuels, difficiles à cerner, à analyser, et aux attaques aveugles…
En terme de jihadiste individuel, l’histoire de Mohammed Merah a prouvé par ses actes qu’il pouvait défier un système pourtant rôdé.
Il n’y a plus de stéréotype de « l’intégriste musulman », Mohammed Merah n’était pas un terroriste professionnel, il était un mélange de stratégie et d’irrationnel. Il connaissait le discours des magistrats, les pratiques policières, les lois et l’art de la dissimulation nommé la taqiyya. Cet « art », utilisé pour éviter les persécutions d’anti-terrorisme moderne, n’est pas un moyen de se sauver mais une arme.
S ‘ajoute à cela, la compréhension que la plupart des terroristes ont, en tout premier lieu l’envie, non pas d’idéologie mais de combat : Le socle idéologique est instable: 80 % pour le gout des armes, 20% d’idéologie extrémiste.
Ce « besoin » peut aussi s’exprimer dans la défense, la légion étrangère, un bataillon traditionnel… embrigadé.

L’universalité s’inscrit dans un mouvement de fond, le terrorisme islamiste essaime, il se répète. C’est une clé de compréhension indispensable du terrorisme islamiste, à partir des années 90. 

Marc Trevidic nous explique le processus complexe de l’évolution d’un terroriste islamiste. Les analyses fines des criminologues ont catégorisé à l’infini les différentes étapes qui mènent un individu normal sur cette voie. Cependant, le terrorisme fondamentaliste ne colle pas avec un schéma criminel passionnel ordinaire. 
Le Jihad: c’est l’association d‘une passion religieuse et politique. Un jeune exclu de la société à tous les risques de basculer mais le basculement dans le terrorisme est bien particulier.
Un jeune de banlieue désoeuvré sait lorsqu’il commet un délit qu’il n’a pas trouvé sa voie.
Il est toujours en état de frustration, les actes criminels traduisent cet état, à la différence du terroriste fondamentaliste qui, lui, est persuadé de l’avoir trouvée.* *La frustration, ici, n’est que le point de départ, l’autre point est la rencontre de ses semblables.

Le Cheminement est donc le suivant:
Radicalisation, Exploitation et Passage à l’acte terroriste: 
Le terroriste islamiste veut que les autres soient comme lui, avec son apprentissage, ses règles de vie exigeantes…
Ils opèrent sur internet, influencent et s’imposent comme mentor, la curiosité laissant place à la fascination. 
L’embrigadement vers le terrorisme d’inspiration djihadiste touche toutes les classes sociales.
Les candidats sont de plus en plus jeunes, influençables avec un fort sentiment d’inadaptation à une société anxiogène.
On consolide donc les opinions, et le mineur est un sujet idéal de radicalisation. Apres 2000, en deux mois un jeune de 16 ans peut être un salafiste convaincu sans avoir rien compris à l’islam.
Puis vient l’endoctrinement ou ce que l’on nomme également l’exploitation. Pour que cela soit profitable, il faut un mentor convaincant et un contexte politique favorable.
L’histoire que Trevidic relate de Stéphane, 16 ans, enrôlé au sein d’un groupe jihadiste salafiste illustre parfaitement ce drame.

Auparavant, le jihadisme et le terrorisme islamiste ne se confondaient pas. La définition juridique du terrorisme n’est apparu qu’en 1986. 
Les moudjahidin luttaient en Afghanistan, lutte que l’occident ne voulait voir que comme un combat contre l’invasion soviétique (depuis 1979). Les américains considérèrent les partisans de la charria comme des piliers de la liberté, la genèse d’une incompréhension mutuelle.
Le salafisme jihadiste est apparu dans les années 60 en Egypte. 
Son but est de renverser les autres régimes musulmans et non de s’internationaliser et de s’inviter dans la guerre froide. Il y eu cependant des alliances de circonstances comme avec l’Arabie saoudite qui conservait ses alliances en finançant les moudjahidin afghans et en éduquant au Pakistan, au « véritable » islam, les jeunes réfugiés afghans devenus talibans. 
Le jihad en Afghanistan fut possible grâce aux infrastructures mises en place par les états unis et l’Arabie saoudite. 
La même erreur hypocrite dans l’alliance avec le jihad fut refaite lors de la guerre contre la Serbie. Les Moudjahidin se sont intégrés dans l’armée bosniaque. Celui qui les dirigea, El Maali, se retourna contre l’occident à la fin de la guerre.
L’Irak est une guerre internationale illégitime, le jihad y participe mais l’armée restant notre alliée amène à considérer le jihad comme terroriste. Tout individu qui rejoignait l’irak devenait de facto terroriste.
C’est à partir de là qu’ apparait la notion de frappes judiciaires préventives.
On accuse ainsi quelqu’un qui part faire le jihad de terroriste, mais ils ne sont pas encore terroristes!

Finalement, aucun attentat ne peut parfaitement être prévenu, quand cela se produit, il faut garder à l‘esprit d’améliorer le système et non d’entretenir l’idée que le système peut éviter tous les attentats.

Dans le système de prévention français, la justice anti-terroriste a une place encore plus inconfortable que la justice pénale ou l’on juge les actes criminels commis. « Dans l’anti-terrorisme, il faut arriver avant le cadavre », la fonction préventive de l’anti-terrorisme est difficile à assumer.
La lutte anti-terroriste a donc ses limites, tant techniques que morales.

Un ouvrage qui livre une analyse des enjeux de politique extérieure face aux limites de l’ordre dans la société occidentale, une opposition quasi schizophrène entre ses exigences de sécurité nationales et son souhait d’intervention international.
Cet ouvrage est accessible, mais fouillé, et riche d’une vision d’ensemble des enjeux internationaux terroristes. Il se permet de conserver néanmoins une certaine distance, nécessaire sur ce sujet délicat et complexe.