En Saxe-Anhalt, la sécurité sociale devance l'immigration, reléguée à 9 % des motifs
Alors que la criminalité recule de 6,2 % en Saxe-Anhalt et que les violences intrafamiliales bondissent de 5,1 %, l'AfD double son score à 43,8 % et Friedrich Merz évoque un problème de communication.
Le lendemain du scrutin du 6 septembre, Infratest dimap publie pour l'ARD la hiérarchie des motifs de vote des électeurs de Saxe-Anhalt. En tête, avec 25 %, la sécurité sociale. Suivent la paix en Europe (17 %) et l'économie (15 %). La sécurité intérieure et l'éducation arrivent à égalité, à 13 % chacune. Le thème le plus important lors du scrutin était, selon Infratest dimap, la sécurité sociale, citée par 25 % des personnes interrogées, suivie par la paix en Europe (17 %) et l'économie (15 %), la sécurité intérieure et l'éducation arrivant à 13 % chacune. Et l'immigration, thème que l'AfD a placé au centre de sa campagne depuis des mois, ferme la marche à 9 %. Le sujet de l'immigration, à 9 %, comptait parmi les moins importants.
Le constat est repris sans détour par la presse allemande le matin même : même le thème central de l'AfD n'a joué qu'un rôle secondaire en Saxe-Anhalt.
Ce paradoxe ne se lit pas dans le programme du parti. Adopté au printemps par le congrès régional de Magdebourg, il tient en 156 pages et compte, selon l'ONG Campact qui l'a dépouillé article par article, 671 points d'exclamation sur 156 pages. La version définitive, complétée depuis, en compte 258. Le chapitre migratoire, à lui seul, en occupe quinze, soit le chapitre le plus long du programme, devant celui consacré à l'énergie ou à l'école. L'Office de protection de la Constitution du Land ne s'y est pas trompé : il classe la fédération régionale comme mouvement gesichert rechtsextremistisch, notamment parce que sa doctrine est jugée profondément marquée par l'idéologie raciste de l'ethnopluralisme et vise la création de sociétés ethniquement pures. Le parti réclame une offensive de remigration et une réduction de l'immigration.
Sur ce que porte le parti, les électeurs de l'AfD semblent en phase avec son programme migratoire, même si le chiffrage précis de cette adhésion fait défaut : aucune enquête consultée ne permet d'établir la part exacte des électeurs de l'AfD qui approuveraient sa volonté de limiter fortement l'arrivée d'étrangers et de réfugiés. Sur la fierté est-allemande retrouvée, 90 % des électeurs de l'AfD espèrent qu'un sursaut économique permettra aux Allemands de l'Est d'être à nouveau fiers de leurs résultats. L'adhésion au programme migratoire semble donc large, sans qu'aucun chiffre vérifiable ne permette de la quantifier précisément. Mais elle n'est pas ce qui, déclarativement, a fait basculer le vote. Un tiers des électeurs du Land font désormais confiance à l'AfD pour résoudre les problèmes les plus importants du Land, contre 9 % il y a cinq ans. Un électeur sur trois, soit 35 %, faisait le plus confiance à l'AfD pour résoudre les problèmes les plus importants de Saxe-Anhalt, contre 9 % seulement lors du scrutin d'il y a cinq ans.
Le bilan de la criminalité pour 2025
Cette « sécurité intérieure » citée par 13 % des sondés a une traduction concrète : le ministère de l'Intérieur du Land a publié en mars le bilan de la criminalité pour 2025. 172 776 infractions ont été enregistrées l'an dernier en Saxe-Anhalt, soit 11 407 de moins que l'année précédente. Après un recul de cinq pour cent en 2024, les chiffres ont encore baissé de 6,2 % en 2025. La part des suspects non allemands recule elle aussi : hors infractions au droit des étrangers, la part des suspects non allemands s'établit à 22,7 %, contre 23,7 % l'année précédente, et celle des personnes arrivées par immigration à 12,9 %, contre 13,7 %. Les infractions au droit des étrangers, qui ne peuvent être commises que par des ressortissants étrangers, ont chuté de plus de 41 % en un an, et le ministère lie explicitement ce recul à la baisse de la migration irrégulière. La forte diminution des infractions au droit des étrangers, en baisse de 41,2 %, est notamment à l'origine de ce recul, et correspond au net recul de la migration irrégulière. Un chiffre grimpe pourtant dans le même bilan : les violences intrafamiliales, en hausse de 5,1 %, passant de 8 391 à 8 819 cas enregistrés. Si l'insécurité déclarée par les électeurs a une traduction statistique, elle ne pointe pas vers la même cible que le chapitre migratoire du programme AfD.
« 671 points d'exclamation sur 156 pages »
L'électorat qui a produit ce résultat a un visage précis. L'AfD est extrêmement forte chez les hommes de 44 à 59 ans, à 56 %, ainsi que chez les moins de 35 ans les moins diplômés, à 62 %. Chez les hommes en général, plus de la moitié des électeurs masculins de Saxe-Anhalt ont voté AfD, contre 16 % pour la CDU, tandis que la part de l'AfD chez les femmes n'atteint que 40 %. Le basculement générationnel est net : chez les moins de 25 ans, la CDU était encore la première force il y a cinq ans, elle est aujourd'hui devancée par l'AfD à 42 %, loin devant la gauche radicale (18 %) et les Verts (14 %).
Merz évoque un problème de communication
À Berlin, la lecture du soir a d'abord porté sur les chiffres bruts. L'AfD a gagné haut la main avec 43,8 % des voix, contre 17,2 % pour la CDU, loin derrière ; par rapport au scrutin de 2021, l'AfD a plus que doublé son score, la CDU a été divisée par deux, son pire résultat en Saxe-Anhalt. Friedrich Merz a réagi en conférence de presse à Berlin : « Avec la journée d'hier, ce n'est pas seulement en Saxe-Anhalt que quelque chose a changé, mais dans toute l'Allemagne », a déclaré Merz face à cette défaite amère. « Nous sommes tous profondément choqués. Nous ne nous y attendions pas sous cette forme. » Le chancelier n'a pas remis en cause sa politique, mais sa manière de la vendre. Malgré des indices de popularité médiocres et cette débâcle, Merz maintient son cap « sans faiblir » et affirme que le pays a besoin de réformes profondes ; il attribue le mécontentement au fait que le gouvernement fédéral n'a pas su transmettre son message avec assez d'émotion, la CDU et le SPD devant désormais construire ensemble un meilleur « récit ». Le diagnostic de Merz porte donc sur la communication, pas sur les motifs mesurés par le sondeur mandaté par sa propre chaîne publique.
Côté AfD, la lecture de la victoire ne s'embarrasse pas de nuance. « Friedrich Merz voulait nous diviser par deux, nous avons maintenant divisé la CDU par deux », a lancé le coprésident Tino Chrupalla, tandis que le candidat Ulrich Siegmund a affirmé sur l'ARD : « Nous avons écrit l'histoire dans ce Land. » En France, où le scrutin a été suivi de près, Bruno Le Maire a jugé que « bien sûr que l'AfD est un danger », s'émouvant de la montée d'un parti « ouvertement néonazi », quand Jean-Luc Mélenchon y a vu la « catastrophique démonstration de l'aveuglement des politiques européennes centristes ». Aucun des deux commentaires ne mentionne la sécurité sociale.
Le ministère de l'Intérieur de Magdebourg, lui, a mis à jour ses données sur les cambriolages, les vols et les violences conjugales trois jours avant le scrutin. Personne n'est venu les lire à la tribune.






