Sébastien Lecornu est né le 11 juin 1986 à Eaubonne dans le Val-d’Oise. Issu d’un milieu modeste, il est le fils unique de Jean-Pierre Lecornu, technicien aéronautique à l’usine Safran Aircraft Engines de Vernon, et de Martine Rousseau, secrétaire médicale. Son grand-père maternel était charcutier à Orival en Seine-Maritime, tandis que son grand-père paternel était un cultivateur gaulliste, ancien résistant au sein du réseau Buckmaster et vice-président d’une chambre de commerce en Calvados. Dès son adolescence, Sébastien Lecornu s’intéresse à la politique, rejoignant l’Union pour un mouvement populaire (UMP, ancêtre des Républicains) à 16 ans. Initialement attiré par une carrière militaire, il envisage même brièvement une vie monastique à l’abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle. Positionné à droite de l’échiquier politique, il se revendique gaulliste, séguiniste et conservateur sur les questions sociétales, comme en témoigne son opposition au mariage pour tous en 2012, où il déclarait que « le mariage est la base pour construire une famille dans nos sociétés » et critiquait à la fois l’homophobie et le « communautarisme gay ».
Éducation et débuts professionnels
Sébastien Lecornu effectue ses études secondaires au lycée privé catholique Saint-Adjutor à Vernon, où il obtient un baccalauréat économique et social. Il poursuit des études supérieures à l’université Panthéon-Assas (Paris II), obtenant une licence en droit et entamant un master en droit public qu’il n’a pas terminé. À 19 ans, en 2005, il devient l’assistant parlementaire le plus jeune de l’Assemblée nationale, au service de Franck Gilard, député UMP de la 5e circonscription de l’Eure. À 22 ans, il intègre le cabinet de Bruno Le Maire comme conseiller aux affaires institutionnelles, devenant ainsi le plus jeune conseiller ministériel sous le gouvernement Fillon II. Ces débuts précoces marquent son ascension rapide dans les cercles politiques de droite.
Carrière politique locale
Sébastien Lecornu s’implante durablement en Normandie, dans l’Eure. À 28 ans, en 2014, il est élu maire de Vernon, poste qu’il quitte pour des raisons de cumul des mandats. Il est également premier vice-président de la communauté d’agglomération des Portes de l’Eure de 2014 à 2020 et conseiller départemental du canton de Vernon depuis 2015, année où il devient le plus jeune président de conseil départemental de France. Sous sa présidence, il met en place des mesures de rigueur budgétaire, comme la lutte contre la fraude au RSA, et promeut des politiques locales axées sur l’emploi et les infrastructures. Depuis 2015, Sébastien Lecornu est également président du conseil d’administration du musée des Impressionnismes de Giverny.
Ascension nationale et ralliement à Macron
En 2017, Sébastien Lecornu quitte Les Républicains pour rejoindre le mouvement d’Emmanuel Macron, La République en marche (LREM, aujourd’hui Renaissance). Il est élu député de la 4e circonscription de l’Eure la même année, mais renonce rapidement au mandat pour intégrer le gouvernement. Il est nommé sénateur de l’Eure en 2020 (brièvement, avant de démissionner pour son rôle ministériel). Sa loyauté envers Emmanuel Macron en fait un « survivant politique » : il est le seul ministre à avoir servi continûment depuis 2017. Parmi ses postes ministériels :
- Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique (2017-2018).
- Ministre chargé des Collectivités territoriales (2018-2019), où il gère le « grand débat national » pendant la crise des Gilets jaunes (2018-2019).
- Ministre des Outre-mer (2020-2022), où il propose une loi spécifique pour Mayotte et mène des discussions sur l’autonomie en Guadeloupe lors des protestations liées au Covid-19.
- Ministre des Armées depuis 2022 (le plus jeune de l’histoire française), étendu aux Anciens Combattants sous le gouvernement Barnier. À ce poste, il pilote la loi de programmation militaire 2024-2030, prévoyant une hausse des dépenses à 69 milliards d’euros d’ici 2030, avec des investissements en dissuasion nucléaire, un nouveau porte-avions, et des capacités anti-drones. Il signe en 2024 un livre intitulé Vers la guerre ? : la France face au réarmement du monde, alertant sur les menaces géopolitiques.
Nomination comme Premier ministre
Le 9 septembre 2025, Emmanuel Macron nomme Sébastien Lecornu Premier ministre, succédant à François Bayrou, renversé la veille à l’issue d’un vote de confiance relatif à sa proposition d’un budget impopulaire. À 39 ans, Sébastien Lecornu devient le 25e Premier ministre de la Ve République et le cinquième du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Cette nomination est une déception légitime pour beaucoup de Français qui espéraient un virage à gauche. Lors de la passation de pouvoir, Sébastien Lecornu promet une « rupture profonde » avec les politiques passées. Au lendemain du mouvement « Bloquons tout » et à la veille d’une grève intersyndicale de grande ampleur, il est aujourd’hui chargé de former un gouvernement et de négocier un budget au sein d’un Parlement divisé, où le Rassemblement national et la gauche menacent de nouvelles censures. Lors de son entrée en fonction, Sébastien Lecornu est le locataire de Matignon avec la cote de popularité la plus basse de la Ve République.
Controverses et critiques
- En 2021, une enquête pour prise illégale d’intérêts est ouverte concernant ses liens avec la Société des autoroutes Paris-Normandie ; classée sans suite en 2022.
- En 2017, Mediapart révèle qu’il a loué une villa à un trafiquant de drogue condamné, Gilbert Casanova, entraînant une plainte en diffamation perdue.
- Sa gestion des exportations d’armes vers Israël pendant le conflit à Gaza est critiquée par Amnesty International pour manque de transparence et refus d’embargo malgré des allégations de crimes de guerre.
- Ses positions conservatrices sur le mariage homosexuel et l’homophobie sont pointées du doigt, avec des liens présumés à une hausse des actes homophobes en 2012.
- En 2017, sa nomination comme colonel de réserve à la Gendarmerie nationale est contestée pour favoritisme.






