Faute d'eau assez froide dans le Danube, la centrale de Paks est tombée à 240 mégawatts début août, à un dixième de sa puissance — un premier arrêt total en 44 ans, évité d'un jour.
Le 2 août 2026, la centrale nucléaire de Paks est tombée à 240 mégawatts. Sa puissance nominale est de 2 000 mégawatts. Selon Reuters, qui cite le Premier ministre hongrois Péter Magyar, un seul des quatre réacteurs restait raccordé au réseau, à un dixième de son régime normal. Paks fournit à elle seule 40 % de l'électricité consommée en Hongrie, selon des données officielles citées par la RTS — une part parfois arrondie à « environ la moitié » dans la presse.
Le pays n'a qu'une centrale nucléaire. C'est celle-là.
Ce même 2 août, Magyar avait annoncé pire. « En raison de la nouvelle baisse du niveau du Danube, l'un des deux derniers groupes de production de la centrale nucléaire de Paks sera arrêté à 1h30. En conséquence, la puissance de la centrale tombera à seulement 240 mégawatts, et demain elle sera complètement arrêtée, pour la première fois en 44 ans », a-t-il déclaré, cité par Euractiv. Un arrêt total de Paks ne s'était jamais produit depuis sa mise en service.
Il a finalement été évité, d'un jour. Le 3 août, devant la presse, Magyar corrigeait : « Aujourd'hui, et peut-être demain, la dernière turbine, qui produit 240 mégawatts, peut continuer à fonctionner. C'est une très bonne nouvelle, car l'arrêt complet de la centrale peut être évité l'un des jours de plus forte consommation », rapporte Reuters. Selon advance.hr, il a averti dans la foulée que le pays affrontait cinq jours critiques, et que la centrale pourrait rester hors service pendant plusieurs semaines.
Un plafond légal de 30 degrés
Ce qui arrête Paks n'est pas une panne. C'est un thermomètre. La centrale, comme la quasi-totalité du parc nucléaire d'Europe centrale, refroidit ses réacteurs en circuit ouvert : elle prélève l'eau du Danube, la fait circuler dans le condenseur, puis la rejette plus chaude dans le fleuve. La loi hongroise plafonne à 30 degrés la température de l'eau rejetée dans le fleuve, rapportent TechTimes et 93.3 The Drive. Une dérogation ministérielle exceptionnelle peut porter ce seuil à 31,5 degrés en cas de risque pour l'approvisionnement. Début août, avec un débit du Danube au plus bas historique, elle ne suffit plus.
Ce mécanisme n'est pas propre à la Hongrie : en France, l'article 44 de l'arrêté du 26 août 2013 permet une dérogation ministérielle aux limites de rejet thermique des centrales électriques, sans dépasser un plafond absolu de 40 degrés — un dispositif qui a servi de base, le 12 juillet 2026, à la dérogation accordée à la centrale du Bugey, rapporte RFI.
Le coût de cette insuffisance a été réparti tout au long de la chaîne, avant même que la centrale ne cale.
« Un arrêt total de Paks ne s'était jamais produit depuis sa mise en service. »
Un arrêté gouvernemental annoncé le 1er août prévoit d'abord des réductions volontaires de consommation pour les gros clients industriels et commerciaux, sous peine de sanctions en cas de non-respect des engagements pris ; les autorités pourraient imposer des baisses obligatoires, voire des déconnexions, si ces réductions volontaires s'avéraient insuffisantes, a précisé Magyar, cité par le Journal de Montréal et CGTN. Un plan prévoit des coupures tournantes dans les sites industriels, selon Politico. L'opérateur ferroviaire national MÁV limite depuis le 31 juillet la puissance de ses locomotives électriques à 75 % de leur valeur nominale entre 17h et 23h, pour une économie visée de 70 à 90 mégawatts par jour, selon Railway Gazette International. Les ménages, eux, sont invités à réduire leur climatisation aux mêmes heures — en pleine vague de chaleur. Selon Magyar, cité par Emirates 247, cette campagne a permis d'effacer 700 mégawatts de demande le 2 août.
Paks II avance sans à-coup
Pendant que Paks tombe à 10 % de sa puissance faute d'eau, Paks II avance sans à-coup. Le premier béton de l'unité 5 a été coulé en février 2026, portant officiellement le projet en phase de construction. Deux réacteurs VVER-1200 de conception russe, 1 200 mégawatts chacun, prévus pour fonctionner au moins soixante ans, sont bâtis par la corporation d'État russe Rosatom. Le chantier ne dépend d'aucun débit de fleuve.
Cernavodă, la Roumanie en urgence
La Hongrie n'est pas seule sur le Danube. La Roumanie a déclaré l'état d'urgence sur son marché de l'énergie pour tout le mois d'août, après l'arrêt d'un réacteur à la centrale de Cernavodă, rapportent The Guardian et Logos Press. Pour tenter de rétablir le débit vers l'installation, l'armée roumaine a fait exploser une formation rocheuse gênant l'écoulement de l'eau, selon DW et The Guardian. Bucarest étudie par ailleurs des importations d'électricité depuis l'Ukraine, selon Logos Press.
La France a connu la même contrainte, avec un mois d'avance. En juin 2026, EDF a arrêté préventivement deux réacteurs, l'un à Nogent-sur-Seine, l'autre à Bugey, pendant une vague de chaleur record, rapporte Euronews — la même logique de seuil thermique sur la Seine et le Rhône que celle qui bloque aujourd'hui Paks sur le Danube. Le 31 juillet, EDF a annoncé que son excédent brut d'exploitation pour 2026 devrait reculer de 10 %, en raison à la fois de prix de marché bas et de pertes de production liées aux canicules, selon Reuters. Sur l'état précis des restrictions de rejet imposées début août sur le Rhône, la Garonne et la Loire, aucune source disponible ne permet de trancher.
« Ce qui arrête Paks n'est pas une panne. C'est un thermomètre. »
Le décret hongrois qui autorise l'eau à 31,5 degrés a été signé fin juin. Début août, le Danube ne le respecte plus.
Repères
- 2 août 2026 — Paks tombe à 240 mégawatts, un dixième de sa puissance nominale de 2 000 mégawatts ; Magyar annonce un arrêt total possible dès le lendemain, une première en 44 ans
- 3 août 2026 — l'arrêt total est évité, la dernière turbine (240 mégawatts) continue de fonctionner
- 31 juillet 2026 — MÁV limite ses locomotives à 75 % de puissance entre 17h et 23h
- Février 2026 — premier béton coulé pour l'unité 5 de Paks II, réacteurs VVER-1200 construits par Rosatom
- Août 2026 — la Roumanie déclare l'état d'urgence énergétique après l'arrêt d'un réacteur à Cernavodă
