Au vu de l’actualité, Le Monde Moderne vous propose un récapitulatif détaillé et chronologique des principaux traités nucléaires entre les États-Unis et l’Union soviétique (puis la Russie en tant qu’État successeur) depuis le début de la Guerre froide (fin des années 1940) jusqu’à aujourd’hui (5 février 2026). Par souci de clarté dans un domaine déjà bien complexe, cet article a pour but de se concentrer sur les accords bilatéraux ou à participation principale, en incluant les traités sur les essais, la limitation des armements stratégiques et intermédiaires, ainsi que les accords de réduction, en ne faisant qu’évoquer les traités multilatéraux comme le TNP (1968) qui seront mentionnés brièvement s’ils impliquent directement les deux puissances.
Les relations nucléaires entre Etats-Unis et Russie ont connu des phases de détente, particulièrement dans les années 1970, de réductions significatives dans les années 1990-2010 puis de dégradation depuis 2019, aboutissant à l’expiration du dernier traité majeur aujourd’hui.
ANNEES 1960 : PREMIERS PAS VERS L’INTERDICTION DES ESSAIS
Limited Test Ban Treaty – LTBT, 1963 : Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires signé le 5 août 1963 à Moscou par les États-Unis, l’Union soviétique et le Royaume-Uni. Entré en vigueur le 10 octobre 1963, il interdit les essais nucléaires dans l’atmosphère, l’espace extra-atmosphérique et sous l’eau. Les essais souterrains restent autorisés.
Son objectif est de réduire les retombées radioactives mondiales.
Il est actuellement toujours en usage.
ANNEE 1970 : LIMITATION DES ESSAIS ET PREMIERS CONTROLES SUR LES ARMES STRATEGIQUES
Threshold Test Ban Treaty – TTBT, 1974 : Traité sur la limitation des essais nucléaires souterrains d’armes signé le 3 juillet 1974 à Moscou. Entré en vigueur le 11 décembre 1990 après un protocole de vérification, il limite les essais nucléaires souterrains d’armes à 150 kilotonnes.
Il est toujours en vigueur, mais peu actif en pratique depuis la fin des essais américains (1992) et russes (1990).
Peaceful Nuclear Explosions Treaty – PNET, 1976 : Traité sur les explosions nucléaires pacifiques signé le 28 mai 1976. Entré en vigueur le 11 décembre 1990, il limite les explosions nucléaires pacifiques (non militaires) à 150 kt par explosion (ou 1,5 mégatonne pour des explosions groupées).
Toujours en vigueur, il est un complément du TTBT.
Strategic Arms Limitation Talks, 1972 – Accords SALT I : Traités signés le 26 mai 1972 correspondant dans le détail au traité ABM assorti d’un accord intérimaire sur les armes offensives. Entrés en vigueur en 1972, le traité ABM limite les systèmes antimissiles balistiques à 2 sites par pays (capitale + un site de lanceurs ICBM ; réduit à 1 en 1974).
L’accord intérimaire équivaut au gel des lanceurs ICBM et SLBM (États-Unis : 1 054 ICBM, 710 tubes SLBM ; URSS : 1 618 ICBM, 950 tubes SLBM).
L’accord intérimaire a expiré en 1977 et le traité ABM a été dénoncé unilatéralement par les États-Unis en 2002.
SALT II, 1979 :
Traité signé le 18 juin 1979, il ne fut jamais ratifié, le Sénat américain ayant opposé son refus après l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Il avait pour vocation de limiter les vecteurs stratégiques à 2 250 (lanceurs ICBM, SLBM et bombardiers), avec des sous-limites concernant l’utilisation de la technique militaire consistant à équiper un missile de plusieurs têtes (nucléaires ou conventionnelles) qui suivent chacune une trajectoire indépendante lors de leur entrée dans l’atmosphère. Non entré en vigueur, il est néanmoins observé de facto jusqu’en 1986.
ANNEES 1980-1990 : REDUCTIONS ET ELIMINATIONS
Intermediate-Range Nuclear Forces, 1987 – Traité INF : Traité signé le 8 décembre 1987. Entré en vigueur le 1er juin 1988, il vise l’élimination totale et vérifiable de tous les missiles sol-sol nucléaires et conventionnels de portée intermédiaire (500-5 500 km). Son application entraîne la destruction de 2 692 missiles.
Il est dénoncé par les États-Unis en 2019 suite à des accusations américaines relatives au non-respect du traité par la Russie.
Strategic Arms Reduction Treaty, 1991 – Traité START I : Traité signé le 31 juillet 1991. Entré en vigueur le 5 décembre 1994, son objectif est de réduire à 1 600 vecteurs stratégiques et 6 000 ogives la puissance nucléaire des Etats-Unis et de la Russie. Son application est prétexte à des vérifications intrusives (inspections, échanges de données).
Ce traité a expiré le 5 décembre 2009.
Traité START II, 1993 : Traité signé le 3 janvier 1993. Il n’est jamais entré en vigueur.
Son but était la réduction de l’armement nucléaire à 3 000-3 500 ogives et l’interdiction des missiles ICBM à têtes multiples de type MIRV.
Il a été abandonné après le retrait américain du traité nommé Anti-Ballistic Missile Treaty en 2002.
ANNEES 2000-2010 : REDUCTIONS SIMPLIFIEES ET RENFORCEMENT
Strategic Offensive Reductions Treaty / Traité de Moscou, 2002 – Traité SORT : Traité signé le 24 mai 2002. Entré en vigueur en 2003, sa mission est de réduire le nombre d’ogives stratégiques déployées à 1 700-2 200 d’ici fin 2012 sans que cela ne soit assorti de la destruction obligatoire des vecteurs.
Il est remplacé par New START en 2011 et expire fin 2012.
Traité New START, 2010 : Traité signé le 8 avril 2010 à Prague. Entré en vigueur le 5 février 2011, il limite l’armement nucléaire à 1 550 ogives stratégiques déployées, 700 vecteurs déployés, 800 lanceurs au total (déployés + non déployés). La vérification du respect de l’accord est grandement renforcée (inspections, données, télémétrie).
Le traité est prolongé de 5 ans en février 2021 et expire donc aujourd’hui, 5 février 2026.
La Russie avait suspendu sa participation en février 2023 (en lien avec la guerre en Ukraine et le soutien occidental à Kiev), sans dénonciation formelle. Aucun nouveau traité n’a été conclu.
SITUATION ACTUELLE AU 5 FEVRIER 2026
Pour la première fois depuis plus de 50 ans, il n’existe plus aucun traité bilatéral limitant les arsenaux nucléaires stratégiques entre les États-Unis et la Russie. Les deux pays sont libres d’augmenter leurs forces sans contraintes légales vérifiables, bien que des contraintes budgétaires et techniques persistent. Les traités sur les essais (TTBT, PNET) restent techniquement en vigueur, mais ils sont obsolètes car les deux pays ont arrêté les essais explosifs depuis les années 1990 (moratoire). Les Initiatives présidentielles de 1991 sur les armes tactiques (réduction unilatérale massive) ne sont pas contraignantes et leur respect est contesté. Ce vide risque d’accroître les tensions et une course aux armements, dans un contexte géopolitique dégradé, ne laissant pas présager de futures négociations à court terme.





