Macron a annoncé un parc Dragon Ball dont la licence japonaise n’est pas accordée

Gros plan sur une statue de dragon au milieu d'une végétation luxuriante à Fujisawa, au Japon, illustrant une beauté mythique.

Photo : Iban Lopez Luna / Pexels

Macron a annoncé un parc Dragon Ball dont la licence japonaise n'est pas accordée

Six jours après une question parlementaire évoquant déjà le projet, l'Élysée annonce un parc Dragon Ball à Cergy-Pontoise, financé par l'Arabie saoudite. Aucun accord avec Toei Animation ou Shueisha n'a été rendu public.

Le 24 août 2026, l'Élysée annonce un parc Dragon Ball à Cergy-Pontoise, financé par l'Arabie saoudite. Selon La Montagne et Parcs&Loisirs, le projet s'inscrit dans un ensemble de trois parcs financés par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien : seul celui de Cergy-Pontoise a, à ce stade, un thème arrêté — l'univers manga, avec une place centrale accordée à Dragon Ball Z — les deux autres devant être déterminés plus tard par Qiddiya. Ni Toei Animation, qui produit la série, ni Shueisha, qui édite le manga original, n'ont rendu publique la moindre licence accordée pour ce projet français.

Selon Euronews, la France et l'Arabie saoudite ont signé, ce lundi 24 août, une lettre d'investissement portant sur six milliards d'euros. Les signataires précis de ce document n'ont pas été identifiés dans les comptes rendus disponibles. Roland Lescure occupe le poste de ministre de l'Économie et des Finances depuis octobre 2025 (info.gouv.fr), mais rien n'indique, dans les sources disponibles, qu'il détienne — pas plus que Qiddiya — la licence Dragon Ball.

Elle appartient à deux maisons japonaises. Aucune n'a signé quoi que ce soit qui concerne la France.

Six milliards d'euros, zéro détail

Le chiffre mis en avant par l'Élysée est de six milliards d'euros, pour trois parcs qui seraient financés par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien dédiée au divertissement, au sport et à la culture — selon La Montagne et Parcs&Loisirs, qui attribuent ce montage à ce financeur. Le Figaro précise que les thèmes des deux autres parcs n'ont pas encore été dévoilés, et que le chantier doit créer 22 000 emplois directs. Aucun document ne ventile la somme totale entre les trois projets annoncés. Le site Social Mag avance, lui, un montant d'un milliard d'euros pour le seul parc Dragon Ball prévu à Courdimanche, un chiffre que rien, dans les documents rendus publics, ne permet de raccorder au premier.

Le site retenu porte déjà un passé industriel. À Courdimanche, dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, s'était déjà tenu Mirapolis, premier grand parc à thème français : inauguré le 20 mai 1987 par Jacques Chirac, alors Premier ministre, il a fermé définitivement ses portes le 20 octobre 1991, après cinq saisons difficiles (Wikipédia, HuffPost, INA). Trente-cinq ans plus tard, aucune procédure d'enquête publique, d'autorisation environnementale ou de révision du plan local d'urbanisme n'apparaît, à ce jour, sur les sites de la préfecture du Val-d'Oise ou de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise.

« Aucune n'a signé quoi que ce soit qui concerne la France. »

Le terrain a un passif. Le dossier administratif, lui, n'existe pas encore publiquement.

Un thème arrêté, deux inconnues

Selon La Montagne et Parcs&Loisirs, sur les trois parcs annoncés par Qiddiya Investment Company, un seul a pour l'instant un thème arrêté : l'univers manga, centré sur Dragon Ball Z, à Cergy-Pontoise. Les thèmes des deux autres parcs restent à déterminer par Qiddiya, ce qui contredit l'idée, avancée par certains médias, de deux parcs Dragon Ball Z distincts. Aucune des sources consultées ne permet de dater précisément un éventuel accord de licence avec Toei Animation ou Shueisha, ni de vérifier si ces derniers ont pris part aux discussions.

Pour Cergy-Pontoise, aucune date d'ouverture n'apparaît dans les documents disponibles, pas plus que le thème définitif des deux autres parcs, que Le Figaro dit encore non dévoilé.

Reste une question qu'aucune des deux parties n'a affrontée publiquement : sur quelle licence le parc de Cergy-Pontoise s'appuie exactement, et depuis quand.

L'histoire que Paris met en avant pour expliquer la naissance du projet est plus resserrée qu'on ne pourrait le croire. Selon Le Monde, qui cite l'Élysée, et selon RTL, le projet « est né d'une discussion entre le président de la République et le prince héritier en décembre 2024 » à Riyad, lorsque les deux hommes ont découvert leur « passion commune » pour Dragon Ball. Selon des images diffusées par Reuters, Emmanuel Macron a accueilli Mohammed ben Salmane à l'Élysée, à Paris, le 24 août 2026 — jour même de l'annonce du projet, coïncidant avec la visite du prince héritier à Paris relevée par IGN Southeast Asia — vingt mois séparent donc la genèse évoquée à Riyad de sa mise en scène officielle à Paris.

Un début de trace parlementaire existe cependant. Le député du Val-d'Oise Aurélien Taché a publié une question, le 18 août 2026, mentionnant déjà une emprise de 500 000 mètres carrés, six jours avant que l'Élysée ne rende le projet public (Social Mag, 24 août 2026). Le texte intégral de cette question n'a pas été rendu accessible.

Le sportswashing selon Polygon

Le magazine américain Polygon a résumé, le 24 août 2026, la lecture qui prévaut hors de France : cette annonce n'est qu'une incursion de plus de l'Arabie saoudite dans le sport et le divertissement, destinée à redorer son image par le « sportswashing », après la création de la ligue LIV Golf et le rachat de l'éditeur de jeux vidéo Electronic Arts par le Fonds public d'investissement.

L'état réel des négociations avec les ayants droit japonais, et le contenu du protocole signé le 24 août à l'Élysée, restent hors de portée. Aucun des deux documents n'a été publié.

« Vingt mois séparent la genèse évoquée de sa mise en scène officielle. »

Le document signé le 24 août porte des signatures françaises et saoudiennes. Aucune n'est japonaise.

Quitter la version mobile