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Inside ECOSOC at the UN's Headquarters in Geneva

Altman et Amodei demandent des standards à l’ONU, sans aucune contrainte

Le Monde Moderne par Le Monde Moderne
24 septembre 2026
dans International
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Le 23 septembre, quatre médias ont résumé la même séance par quatre mots différents, régulation, coopération, sécurité, standards, alors qu'aucun texte n'était en négociation et que Washington a d'emblée écarté tout contrôle centralisé.

Le 23 septembre 2026, à 15 heures, le Conseil de sécurité des Nations unies a ouvert sa 10 228e séance sur « l'intelligence artificielle et la sécurité internationale ». Dario Amodei, patron d'Anthropic, s'est adressé aux quinze membres par vidéo depuis San Francisco. Selon le compte rendu officiel publié par les services de presse de l'ONU, il a demandé aux États de « mettre de côté leurs différends pour affronter cette opportunité et cette menace mondiales », en prévenant que « mal gérée, l'IA pourrait même représenter un risque pour l'humanité tout entière ». Sam Altman, présent dans la salle, a résumé le choix devant le Conseil en des termes qui n'annonçaient ni loi ni traité : celui entre une « nouvelle Renaissance de la créativité et de la découverte » ou une « nouvelle révolution industrielle de bouleversements et de désordre ».

Le lendemain, les titres de presse n'ont pas tous entendu la même chose. Al Jazeera a publié un article intitulé « OpenAI, Anthropic CEOs call for global AI regulation at UN », avec en chapô : « Industry leaders urge global regulation, as the Trump administration baulks at setting up new guardrails ». CNBC, de son côté, a titré sur une « coopération » internationale, écrivant que les deux dirigeants « addressed the United Nations Security Council on Wednesday and called for international coordination to address the potential risks posed by artificial intelligence ». Bloomberg a parlé de renforcer la « sécurité » de l'IA, précisant que les deux patrons « stressed the importance of global cooperation on standards ». CNN a choisi une troisième formule, celle de « standards internationaux », rapportant que « l'industrie de l'IA a besoin de standards et d'une coopération internationaux, sous peine de mettre en péril la sécurité mondiale ». Un même après-midi, un même Conseil, quatre mots différents pour désigner ce qui a été demandé.

Un « briefing », pas une résolution

Ce que les deux hommes ont réellement réclamé tient dans un cadre précis, celui d'une « briefing », une séance d'information où des experts extérieurs s'adressent au Conseil sans qu'aucun texte ne soit négocié entre les États. Le Conseil de sécurité fonctionne normalement par résolutions, des textes dont la version quasi définitive est imprimée en bleu avant le vote, ce qui donne son nom à la lettre d'analyse spécialisée qui suit ces travaux, « What's In Blue » : « Lorsque le Conseil de sécurité approche de la phase finale de négociation d'un projet de résolution, le texte est imprimé en bleu », explique cette publication. Rien de tel n'était à l'ordre du jour le 23 septembre. CNN l'a noté sans détour : « aucun accord écrit n'est attendu à l'issue de cette réunion de l'ONU », et un responsable d'OpenAI a présenté l'exercice, avant même le discours d'Altman, comme l'occasion de « faire émerger le germe d'une idée pour lancer cette conversation ».

Le contenu des propositions confirme ce cadrage. Selon Security Council Report, la lettre spécialisée qui suit les travaux du Conseil, OpenAI a publié la veille de la séance un texte demandant aux États-Unis de conduire l'élaboration de standards techniques mondiaux sur l'IA de pointe, portant sur l'évaluation des capacités, la supervision humaine et le signalement d'incidents. Mais ces standards constitueraient un socle technique commun plutôt qu'une autorisation préalable obligatoire, les gouvernements restant libres de décider s'ils les intègrent ou non à leur droit national. Amodei, dans l'essai qu'il avait publié le 12 septembre et qu'il a défendu devant le Conseil, proposait trois mesures : des évaluateurs indépendants installés dans les laboratoires, une coordination soutenue par les gouvernements entre entreprises des pays démocratiques, et des efforts de coordination avec d'autres gouvernements sur les tests préalables, tout en reconnaissant la difficulté de vérifier le respect de tels engagements. Devant le Conseil, il a décliné cette architecture en trois points : un accord ciblé interdisant l'usage de l'IA pour fabriquer des armes biologiques, des systèmes d'évaluation et de vérification, et des standards communs pour tester les modèles. Aucune de ces propositions ne prévoit de mécanisme de sanction, de ratification ou de contrôle indépendant du secteur lui-même.

Kratsios rejette tout contrôle centralisé

Le gouvernement des deux hommes n'a d'ailleurs laissé planer aucune ambiguïté sur ce qu'il pense de l'alternative. Michael Kratsios, représentant de l'administration Trump, a répondu dans la même salle : « Nous rejetons totalement toute tentative des organismes internationaux d'imposer un contrôle centralisé et une gouvernance mondiale de l'IA ». Cette phrase a été prononcée par le représentant d'un pays qui, en tant que membre permanent, dispose d'un droit de veto sur toute résolution que le Conseil chercherait un jour à adopter sur ce sujet. Les patrons d'OpenAI et d'Anthropic plaidaient donc leur cause dans l'unique enceinte des Nations unies où leur propre État peut, seul, empêcher toute décision contraignante de voir le jour.

Deux organes créés par l'Assemblée générale l'an dernier illustrent la même limite. Le Dialogue mondial sur l'encadrement de l'IA et le Groupe scientifique international indépendant sur l'IA, dont Yoshua Bengio est coprésident, offrent tous deux un forum de discussion et une base de connaissances communes, mais ni l'un ni l'autre ne dispose d'une autorité de régulation. La seule résolution que l'Assemblée générale a adoptée sur l'IA, en 2024, était « une déclaration non contraignante appelant les États membres à protéger les données personnelles, surveiller les risques liés à l'IA et préserver les droits humains ». Une déclaration de l'Assemblée générale relève de la recommandation politique ; seule une résolution du Conseil de sécurité, adoptée dans certaines conditions, engage juridiquement les États membres à s'y conformer.

Anthropic soutient les lois d'État

Le refus d'un cadre contraignant international ne se limite pas à Washington, ni aux deux entreprises. Sur le terrain intérieur américain, OpenAI et Anthropic se comportent pourtant différemment : elles soutiennent des lois d'État, à condition d'en avoir écrit une partie. Selon The Hill, Anthropic a été la première entreprise du secteur à approuver la loi californienne SB 53 ainsi que le RAISE Act de New York, et un responsable d'OpenAI a décrit la stratégie consistant à choisir une poignée de textes d'État à répliquer comme « une forme de fédéralisme inversé », ajoutant : « On fait essentiellement en sorte que les États se copient les uns les autres ». Mais Amodei et Anthropic ont réaffirmé que le Congrès ne pouvait pas retirer aux États leur pouvoir de régulation avant d'avoir lui-même adopté un cadre fédéral « solide », ce qui, en pratique, écarte toute perspective de contrainte fédérale à court terme. Face à l'Union européenne, la relation a été plus tendue encore : Bruxelles a obtenu cet été de nouveaux pouvoirs pour inspecter les modèles avant leur mise sur le marché européen et infliger des amendes allant jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel, et le bloc européen avait réclamé pendant des mois un accès au modèle Mythos d'Anthropic avant que l'entreprise n'accepte de le partager.

La Chine et la Russie ne défendent pas la même ligne, mais pour des raisons qui leur sont propres. Pékin soutient des standards internationaux et un rôle central de l'ONU dans la régulation mondiale de l'IA, tandis que Moscou met en doute que l'IA, en tant que thème général, relève clairement du mandat du Conseil, et privilégie son examen dans des forums multilatéraux plus inclusifs, comme le Dialogue mondial. Chacun des cinq membres permanents a, sur ce dossier, une bonne raison de préférer une enceinte où il ne risque rien à une enceinte où il pourrait perdre.

Aucun projet de résolution n'a été mis en bleu à l'issue de la séance du 23 septembre. Aucun n'est annoncé pour la suite.

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