Biram Dah Abeid, combattant d’un engagement universel

Biram Dah Abeid (BDA). Ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, alors qu’il mériterait d’être gravé dans nos esprits et de susciter l’indignation la plus profonde en chacun de nous.Infatigable combattant pour les Droits de l’Homme en Mauritanie, Biram Dah Abeid est un activiste engagé politiquement dans son pays. Depuis plusieurs semaines, il est en prison pour des raisons purement politiques.

Enfermé depuis le mois d’août

Le 7 août dernier, le militant est interpellé par la police mauritanienne. Il est inculpé suite à la plainte d’un journaliste, qui l’accuse d’avoir organisé son harcèlement par des militants après un reportage sur l’opposition mauritanienne, où la stratégie choisie par BDA est clairement remise en question.

De nombreux observateurs mettent en doute cette version. Amnesty International dénonce par exemple « un signal inquiétant d’intimidation, de harcèlement et de répression des voix dissidentes des autorités mauritaniennes avant les élections législatives, régionales et locales du mois de septembre ».

L’arrestation de BDA semble donc purement politique. L’histoire montée de toutes pièces autour du journaliste serait un alibi pour justifier l’enfermement d’un concurrent sérieux, quelques semaines avant des échéances électorales importantes… Un moyen de nuire à un opposant dont le combat dérange le pouvoir, exercé par Mohamed Ould Abdel Aziz depuis un coup d’État en 2008.

La méfiance de l’État mauritanien envers Biram Dah Abeid n’a d’ailleurs pu que se renforcer au cours de ces dernières semaines : début septembre, le Président de l’IRA a été élu député…depuis sa cellule ! Un coup de force symbole de la dynamique que le président de l’IRA a su créer derrière lui.

Persécuté depuis 10 ans

L’attitude agressive du pouvoir mauritanien contre BDA n’est pas une nouveauté. Depuis une dizaine d’années, l’homme subit la répression du régime.
En 2008, il fonde l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), une ONG visant à combattre l’esclavage par l’engagement populaire. Accusé de fermer les yeux et de se réfugier derrière l’abolition officiellement actée en 1981 pour ne pas prendre la mesure du problème, l’État mauritanien ne reconnait pas officiellement l’organisation. BDA est arrêté puis condamné à une première peine de prison. Il ne sortira qu’en 2011.

Pourtant, l’esclavage est toujours particulièrement répandu en Mauritanie : d’après l’IRA, 150 000 personnes seraient aujourd’hui encore concernées par ce fléau.

En 2012, pour sensibiliser l’opinion à son combat et interpeller les autorités publiques, le Président de l’IRA brûle des livres de droit musulman du rite malikite, qui valide la pratique de l’esclavage. Il est à nouveau emprisonné, pour avoir « porté atteinte à la sécurité de l’État », et sortira quelques
mois plus tard pour vice de forme.

Ces différentes expériences offrant à BDA une certaine visibilité, il reçoit en 2013 le Prix des Droits de l’Homme des Nations Unies. Une reconnaissance de son militantisme incessant.

L’année suivante, Biram est candidat à l’élection présidentielle. À la tête du Rassemblement pour une Action Globale (RAG), il prend la deuxième derrière le président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz, ré-élu avec plus de 80% des voix dès le premier tour… Un scrutin largement dénoncé par
l’opposition.
Quelques mois plus tard, l’IRA organise une caravane contre l’esclavage. BDA est à nouveau arrêté, puis inculpé pour « appartenance à une organisation non reconnue, rassemblement non autorisé, appel à rassemblement non autorisé et violence contre la force publique ». Il passe dix-
huit mois de plus en prison.

BDA, symbole d’un engagement universel

À l’heure où les dirigeants de nos démocraties occidentales s’emparent de la liberté comme étendard, prétendant « faire barrage » à toute forme d’obscurantisme, et à l’heure où les histoires de certains héros du passé sont projetées dans les salles de cinéma, comme Mandela ou Martin
Luther King, celle de BDA devrait provoquer une indignation sans faille dans nos médias, pour s’étendre à l’ensemble de notre société et provoquer une vague de soutien dans l’opinion.
Il n’en est rien.

Pourtant, c’est une honte pour l’humanité toute entière d’imaginer qu’il faille encore lutter contre l’esclavage en 2018.

Le combat de BDA s’inscrit dans la lignée de celui qui a inspiré notre système politique en portant la Révolution Française, et qui constitue aujourd’hui encore l’essence même de notre société : les Lumières.
Son combat est celui de toute femme et de tout homme qui se reconnait dans les valeurs de notre devise nationale : liberté, égalité, fraternité.

Souvenons-nous que cet engagement est universel. À travers cet exemple, il nous faut comprendre que si les valeurs qui réunissent notre société sont bafouées, peu importe en quel point du globe, nous devons nous sentir concernés. Il n’est pas imaginable de nous réfugier derrière notre propre situation, plus stable et plus confortable, pour fermer les yeux sur des
combats comme celui de Biram Dah Abeid.

Car, si l’engagement est universel, il est aussi inégal. Alors qu’en France, un combat pour les Droits de l’Homme serait soutenu par tous, offrant une certaine reconnaissance de la société, il mène à la prison en Mauritanie, persécuté par le régime.
Il nous revient donc, puisque notre situation nous le permet, d’être en première ligne chaque fois que nous le pouvons. La liberté ne se marchande pas, et la lutte contre l’esclavage ne saurait être entravée par des jeux de pouvoir : il est urgent de réclamer la libération de Biram Dah Abeid, et de soutenir enfin son combat.

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