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Bolivie Lithium

Bolivie : le lithium contre Morales et la souveraineté des Indios

Eva Morletto par Eva Morletto
11 février 2020
dans Écologie, Économie, International, Opinion
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Un nouveau volet du «Tour du Monde en 80 désastres écologiques» de notre journaliste Eva Morletto

«Terrorisme et financement du terrorisme» c’est avec ces chefs d’accusation que l’avocate d’Evo Morales, ex-président de la Bolivie déchu après le coup d’état de l’année dernière, a été arrêtée il y a quelques jours à La Paz. L’acharnement contre l’indien devenu leader de la Bolivie ne s’arrête pas, surtout ces derniers temps, depuis que Morales a officialisé sa candidature au Sénat.

La haine que porte la présidente par interim Jeanine Añez à son adversaire politique n’a pas l’intention de s’estomper, la présidente a promulgué, le 24 novembre dernier, une loi convoquant de nouvelles élections présidentielles et législatives qui interdit à toute personne ayant exercé deux mandats électifs de suite de se présenter à un troisième, en excluant de facto la candidature de Morales, qui essaie donc de retourner sur la scène politique en jouant la carte du Sénat.

On parle politique alors qu’on devrait parler écologie, certes, mais dans ce pays pauvre de l’Amérique Latine – devenu centre des intérêts internationaux depuis que la course aux métaux rares affole les puissances industrielles du monde entier –  politique et écologie sont liés ici et beaucoup plus qu’ailleurs.

Fun Fact (ou pas) : le jour où le putsch qui a chassé Morales a eu lieu, les actions de Tesla ont grimpé en flèche. Pourquoi?

La réponse se trouve dans le paradis blanc des «altipianos» ces plaines arides du sud-ouest du pays, à 4000 mètres d’altitude, au milieu de la cordillère des Andes, ce paradis blanc est le Salar d’Uyuni, au dessous duquel se trouve la deuxième réserve plus importante au monde de lithium.

Le lithium sert aux batteries de nos smartphones, environs deux ou trois grammes par téléphone. Pour une voiture électrique bien évidemment il en faut beaucoup plus, en moyenne vingt kilogrammes. En considérant que le marché de la voiture électrique connaîtra un développement exponentiel dans les prochaines décennies, on comprend rapidement l’intérêt des multinationales pour ce magnifique désert blanc qui attire chaque année des centaines de milliers de touristes à Uyuni.

En 2040, on estime que sur les routes circuleront 260 à 280 millions de voitures électriques contre 4 à 5 millions aujourd’hui. 

La demande mondiale de lithium, d’environ 300 000 tonnes en 2018, devrait atteindre un million de tonnes au cours des dix prochaines années !

Tesla est probablement destiné à rester maître dans le domaine des véhicules électriques. C’est d’ailleurs une de ses voitures, la  Tesla Model 3 qui est à ce jour la voiture électrique la plus vendue au monde.

On comprend bien la gourmandise de Tesla pour les ressources en lithium de la planète. Il se trouve qu’en Bolivie il y en a beaucoup.

Il se trouve aussi que Evo Morales voulait faire de ce lithium une richesse nationale, pas question de satisfaire l’avidité des multinationales, déjà responsables de trop de dégâts dans l’économie sud-américaine.

Comme soulignait Eduardo Galeano dans son livre «Les veines ouvertes de l’Amérique latine», les États-Unis, sans les ressources minérales de l’Amérique du Sud, ne seraient rien. Ainsi leur aviation, sans le manganèse du Brésil, ne serait pas si développée, et ainsi de suite dans une histoire de pillage qui dure depuis le temps des conquistadores.

Evo Morales connaissait bien les histoires racontées par Galeano, ne voulait pas céder les richesses du sous-sol bolivien aux étrangers, plus jamais.

Détournements de fonds, magouilles financières… on peut reprocher pas mal de choses à ce charismatique ex-président mais le bilan de son mandat interrompu brusquement, est loin d’être négatif.

Le gouvernement guidé par Morales et par García Linera a vu en douze ans le taux de pauvreté descendre de 34% à 18%, les exportations de pétrole passer de 400 millions de dollars à 6 milliards, la croissance s’établir sur 4%, la plus élevée de l’Amérique latine.

La journaliste italienne Gabriella Saba, co-autrice de «Un continente da favola», remarquable galerie de portraits de personnages sud-américains hors du commun, nous explique aussi que sa présidence a «vu surtout la naissance inédite d’une solide bourgeoisie indigène, grâce à une politique inclusive qui a permis aux cholos (indiens), jusque-là stigmatisés, d’accéder enfin à des postes-clés».

Les indigènes quechua, aymara et guarani représentent en tout 62% de la population et malgré ça, une fois Morales éloigné de la présidence, Jeanine Añez n’a pas hésité une seconde pour effacer tous les progrès sociaux qu’il avait obtenu. Le gouvernement d’Añez, par exemple, ne comprend plus de ministre indigène, alors que le ministère des Affaires étrangères leur était traditionnellement dévolu.

Des anciens tweets de la  «presidenta» révèlent d’ailleurs sa réelle pensée sur le statut des indios en Bolivie : «Je rêve d’une Bolivie libérée des rites sataniques autochtones, la ville n’est pas aux indiens, ils feraient mieux d’aller dans les hauts plateaux ou à El Chaco» écrivait-elle en 2013. Scripta manent.

En souvenir de cette courte période où les indiens ont eu leur moment de gloire, restent des bâtiments bigarrés du quartier de El Alto, dans la capitale, conçus par le génie créatif de Freddy Mamani : une galerie architectonique kitch et baroque où résidaient les nouveaux riches des ethnies indiennes.

Jeanine Añez n’aime pas les indios, en revanche elle aime beaucoup les américains, Donald Trump a d’ailleurs salué avec enthousiasme son intronisation.

Depuis la fin de novembre dernier, un ambassadeur de Bolivie est nommé à Washington, chose inédite depuis 2009.

Le lithium quant à lui est devenu un minéral si convoité qu’il dépasse les 10.000 dollars la tonne. Si pendant des années Morales a freiné les ambitions des multinationales sur cette manne, tout semble réuni pour que Jeanine Añez leur ouvre la porte.

Morales avait renoncé à un riche contrat avec la firme allemande ACI Systems Alemania (ACISA), cette dernière visait un contrat d’exploitation des mines de lithium dans les salares. Parmi les clients de la société allemande ACISA, on trouve le groupe Tesla d’Elon Musk.

Morales a eu pour faute d’écouter les habitants de la région d’Uyuni, préoccupés par une extraction massive de lithium qui générerait de la pollution et l’épuisement des réserves d’eau.

Dans le passé, il avait déjà refusé des propositions commerciales similaires, avancées par le groupe japonais Mitsubishi et par le français Bolloré.

En 2008, l’ex-président avait créé l’entreprise publique Yacimientos de Litio Bolivianos (YLB) pour que l’exploitation de ce minéral soit nationalisée et puisse se soustraire aux mains étrangères. Cette démarche n’a jamais plu aux multinationales.

Celles-ci ont oeuvré dans l’ombre pendant des années pour que le rêve d’Álvaro García Linera, bras droit d’Evo Morales, celui de devenir «l’Arabie Saoudite du lithium» ne se réalise pas.

Il y a eu certes des problèmes d’autre nature, comme la lenteur de la bureaucratie locale, la spécificité du lithium bolivien présent dans un environnement plus sec qui favorise son évaporation et sa difficulté à être travaillé et extrait (par rapport au lithium de l’Atacama au Chili). Il y a eu tout ça, mais il y a eu surtout une volonté internationale d’éteindre le rêve d’un président qui avait à coeur son peuple.

Quand Salvador Allende voulut nationaliser les mines de cuivre au Chili, on l’élimina. Cette fois le jeu a été plus discret, mais le résultat va être le même.

Tesla et compagnie se partageront le lithium du Salar d’Uyuni, les indios de Bolivie redeviendront des parias. Les actionnaires vécurent heureux et eurent beaucoup d’argent.

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Eva Morletto

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Journaliste et reporter depuis plus de 15 ans, Eva a été directrice éditoriale en Italie pour le magazine Life Club dédié à l’art de vivre et journaliste auprès de la boite de production « Filodiretto » pour qui elle a notamment réalisé différents documentaires sur les effets de la guerre dans l’Ex-Yougoslavie. En 2006 elle est arrivée à Paris comme reporter et news-producer pour la chaine de télévision japonaise FUJI TV. Après plusieurs années, elle est devenue correspondante pour Radio Montecarlo, elle a travaillé pour l’hebdomadaire d’actualité Famiglia Cristiana et pour le magazine GQ du groupe Condé Nast. En France elle collabore ponctuellement avec Radio France Culture, Radio France International, TV 5 Monde, CNews, Arte. En 2018 elle a gagné le prix « Reporter de Paix » auprès du Festival de Journalisme italien « Forum of Mediterranean Women Journalists », grâce à ses multiples reportages sur le djihadisme en France et sur la radicalisation. Aujourd’hui elle travaille régulièrement avec GRAZIA. Pour cet hebdomadaire italien, elle s’occupe d’actualité française, avec un oeil attentif sur les enjeux écologiques et les droits des femmes. Parallèlement à son activité journalistique, elle exerce comme traductrice et biographe privée. eva.morletto@gmail.com

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