Les Pays-Bas ont annoncé avoir pratiqué pour la première fois l’euthanasie sur un enfant de moins de 12 ans, en application de la loi entrée en vigueur en 2024. Ce cas inédit relance un débat éthique mondial sur la fin de vie des mineurs, entre souffrances insupportables et question du consentement.
Une première application de la loi de 2024
Le gouvernement néerlandais a confirmé qu’un enfant âgé de moins de 12 ans et gravement malade a été euthanasié pour la première fois, sans préciser l’âge, le sexe ou la pathologie de l’enfant. La loi sur l’euthansie a étendu aux enfantsla possibilité de recourir à l’euthanasie, déjà légale aux Pays-Bas pour les plus de 12 ans (avec consentement) et pour les bébés de moins d’un an (sous conditions strictes). Le pays est pionnier en la matière, ayant légalisé l’euthanasie pour les adultes dès 2002.
Les conditions précises de ce premier cas n’ont pas été rendues publiques par les autorités. Le ministère de la Santé néerlandais s’est contenté de confirmer l’événement, sans fournir de détails supplémentaires. Ce manque de transparence, s’il peut se justifier par le respect de la vie privée des familles, alimente les interrogations sur les critères d’application.
Un cadre légal strict mais contesté
La loi de 2024 autorise l’euthanasie pour les enfants de 1 à 12 ans souffrant de manière « insupportable et sans espoir d’amélioration », sous réserve de l’accord des parents et de l’avis conforme de plusieurs médecins. Un comité d’éthique régional doit également valider la procédure. Ce dispositif vise à éviter les dérives tout en répondant à des situations médicales extrêmes.
Pourtant, un point central du débat est l’incapacité légale d’un enfant de cet âge à donner un consentement éclairé. Cette contradiction juridique et éthique est au cœur des critiques des opposants.
Les réactions des opposants et des défenseurs
Dès l’annonce de l’extension de la loi en avril 2023, des associations comme Alliance Vita avaient dénoncé une « dérive éthique ». Dans un communiqué, l’organisation française estimait que « franchir le cap de l’euthanasie des enfants, c’est renoncer à l’impératif de soigner et d’accompagner, au profit d’une logique de mort ». Ces positions restent d’actualité après la première application.
Les défenseurs de la loi, eux, mettent en avant le soulagement de souffrances insupportables. Le Dr. Theo Boer, professeur d’éthique médicale à l’Université de Groningue et ancien membre du comité d’évaluation, a déclaré dans une interview à NRC Handelsblad : « Dans certains cas, les traitements palliatifs ne suffisent pas. Prolonger une agonie sans espoir n’est pas un acte médical, c’est de l’acharnement. » Pour les partisans, la loi offre une issue humaine à des situations où la médecine a échoué.
Un débat qui dépasse les frontières néerlandaises
Ce premier cas relance les discussions dans plusieurs pays où la fin de vie des mineurs est un sujet sensible. La Belgique autorise l’euthanasie des mineurs sans limite d’âge depuis 2014, mais le nombre de cas reste très faible (une poignée par an). Le Luxembourg et la Colombie ont également des législations plus restrictives. En France, le débat sur l’aide à mourir est régulièrement agité, mais aucune loi n’inclut les mineurs.
Au Royaume-Uni, le sujet est particulièrement polémique. En 2023, la Chambre des Lords a rejeté un amendement visant à étendre l’aide à mourir aux enfants en phase terminale, après une campagne de plusieurs associations médicales. Le British Medical Journal avait alors publié un éditorial estimant que « la capacité de discernement d’un enfant est trop variable pour fonder une décision irréversible ».
Un silence officiel qui interroge
Le gouvernement néerlandais n’a pas communiqué sur les détails de ce premier cas, ni sur les leçons qu’il en tire. Aucune déclaration publique n’a été faite par le ministre de la Santé, Ernst Kuipers, ni par le comité d’éthique national. Ce silence peut être interprété comme une volonté d’éviter une polémique, mais il nourrit aussi les soupçons des opposants.
L’association néerlandaise Nederlandse Vereniging voor Kindergeneeskunde (Société néerlandaise de pédiatrie) a appelé à « une évaluation transparente et publique de chaque cas » pour « maintenir la confiance dans le système ». Dans un communiqué, elle rappelle que « la loi a été conçue pour des situations exceptionnelles, pas pour devenir une routine ». La première application concrète de la loi de 2024 marque un tournant dans l’histoire de l’euthanasie aux Pays-Bas. Mais le manque de détails et de débat public sur ce cas précis laisse planer un doute sur la réalité des garanties éthiques. Alors que d’autres pays observent cette expérience, la question centrale demeure : jusqu’où une société peut-elle étendre le droit de donner la mort, et à qui ?
Selon le rapport publié en 2025 par les Comités régionaux d’examen de l’euthanasie, l’année 2024 avait de nouveau battu un record avec 9958 cas, soit 10% de plus que l’année précédente.
Au total, l’euthanasie représente désormais 5,8% des 172.049 décès annuels dans le pays.





