Les primaires souffriraient-elles d’un manque de temps de jeu ?

Opinion d'Olivier Schlauberg

La saison est bel et bien lancée, mais les joueurs peinent à retrouver la forme dans les grands rendez-vous. Les « classico » ne sont plus à la hauteur. L’absence de condition physique, est un problème de fond dans notre championnat.

Le nouveau règlement médiatique n’aide pas à débrider les matchs. 17 minutes pour convaincre sur les enjeux socio-économiques du pays contre 90 minutes, voire plus si prolongations, pour un match de football. Les primaires de la droite et de la gauche sont les victimes d’un manque de temps de jeu évident qui laisse peu de place à la réflexion.

Des buts dans les «arrêts de jeu »

Tout se joue dans le dernier quart d’heure, c’est bien connu. Cette règle s’applique aux candidats sans exception. Pour arbitrer les matchs, les journalistes abordent chaque rencontre dans un souci d’équité et de justice. Les cartons jaunes rythment les échanges et sanctionnent les simulations. Les hors-jeux sont sifflés systématiquement et le chronomètre est arrêté à chaque fois que le candidat dépasse son temps de jeu.

Economie, société, religion, fonction présidentielle, environnement, fiscalité, Code du travail… chaque sujet est abordé en moins de deux minutes. Le jeu est haché et la rencontre se joue exclusivement sur coup franc. Les tacles sont limites et les joueurs manquent souvent le cadre. Ça laisse peu de place pour faire la différence.  Mais est-ce bien là l’enjeu du match ?

Jouer à l’instinct : la clef du succès !

Qu’ils jouent en 4-3-3 ou en 5-4-1, ce qui compte au final c’est les 3 débats de la victoire. Il faut jouer à l’instinct et surtout ne pas réfléchir. Plus le candidat tergiverse, moins il sera en confiance. Les spectateurs le savent et apprécient le jeu direct. Ils préfèrent les 1 contre 1 dans la surface de réparation. Il ne faut surtout pas rater les occasions au risque de cirer le banc de touche à la fin des primaires. Il faut avant tout gagner du temps pour gagner des matchs, penser n’a qu’un défaut, celui d’en faire perdre.

Règlements de comptes en dehors des terrains…

Que ce soit avant les matchs ou après, la dimension psychologique a pris de l’ampleur. Cela en devient presque pathologique. Chaque candidat à son compte officiel avec ses milliers de supporters prêts à soutenir leur meneur de jeu préféré. Dans ce contexte médiatique, là aussi tout est une question d’urgence. Ils sont dans l’obligation de pratiquer un jeu rapide portait vers l’attaque.  Le candidat qui ne tweete pas n’existe pas. Fini le dialogue place aux communiqués via les réseaux sociaux. Et attention à la chute !

Il suffit d’une photo pour faire basculer un match. Le virtuel prend le pas sur le réel au détriment du fond de jeu. La pauvreté des gestes techniques devient récurrente. Ceci est un véritable drame à l’échelle mondiale. Car chaque pays souffre de cette pauvreté, et la France n’y fait pas exception. Elle, qui joue toujours dans l’ombre du général, joueur mythique de la cinquième et buteur historique de la final France / Allemagne pendant la coupe du monde 45.

Les clubs formateurs sont toujours à la recherche d’un leader de vestiaire capable de prendre les débats à son compte et transpercer la défense des fronts.

Mais que ce soit à Droite ou à gauche, la balle reste souvent au centre et les rencontres se gagnent par défaut dans les prolongations. Il n’y a plus de véritable vainqueur faisant l’unanimité. Les équipes pratiquent un jeu de plus en plus défensif et repliées sur elle-même. Le beau jeu se fait rare. A qui la faute ?

Les arbitres appliquent le règlement et pourtant les candidats simulent de plus en plus. Aujourd’hui, le spectacle se joue en tribune où raisonne le chant des Ultras.

Références

Jean-François Lyotard – Le postmoderne expliqué aux enfants / « Dans un univers où le succès de gagner du temps, penser n’a qu’un défaut mais incorrigible : d’en faire perdre »

Albert Camus – La chute / «  Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué »

Roland Gori – La fabrique des imposteurs / Conférence Université de Nantes.

Guy Debord – la société du spectacle et de la marchandise / « Là où le monde réel se change en simple image, les images deviennent des êtres réels, et les motivations un comportement hypnotique, le spectacle est le contraire du dialogue ».

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